Le net veut changer le monde, mais il ne veut pas prendre le pouvoir

Feb 13 2013

La Suisse, ce n’est pas qu’un bon bol d’air en cette saison, c’est aussi LIFT à Genève et 3 jours pour explorer ce que l’avenir nous réserve.

Le ton était donné au lever de rideau, avec un speaker qui nous promettait de mettre le projecteur sur les zones sombres que personne ne veux vraiment regarder. Et la zone sombre en question a été atteinte !s la première journée. Elle s’appelle “RENCONTRE AVEC LE RÉEL”. Et le fait est qu’elle pique. Parmi quelques bons exemples de la faillite des processus de décision et de participation en amuse-bouche, Gudrun Pettursdottir est venu nous refaire la narration de l’Islande qui crowdsource sa constitution.

Je l’avais déjà entendu à Marseille il y a six mois, mais son propos était cette fois teinté d’amertume. L’histoire est belle, celle d’un peuple connecté qui fabrique sa constitution, sauf qu’à la fin il revient au parlement et à ses partis de finir le travail. Or, il ne le finissent pas. La constitution du peuple connecté est devenu un objet de joutes politiciennes et à deux semaines de la fin de la session parlementaire, tout concoure à penser que rien ne va se passer. Amertume etdéception. Faudra-t’il que les islandais reviennent faire des sit-ins devant leur parlement ? Ce n’est pas gagné. La réalité, ici les partis et leur jeu politicien ancestral, est plus forte que le peuple connecté et participatif. Cela m’a rappelé l’ascension de Désir d’Avenir en 2007. Un brillant édifice participatif et connecté lui aussi, qui porta Ségolène Royal comme candidate à la Présidentielle. Mais une construction qui ne fit en rien changer le parti socialiste. C’est ce dernier qui eut le dernier mot. Le terme “participatif” en fut presque tabou pendant quelques années en France !

Le net est encore jeune et insouciant. Il a pour lui la conviction qu’il change le monde et les exemples ne manquent pas. Au demeurant, cette conviction est peut-être aussi une forme d’aveuglement, de celles qui vous font croire que vous avez raison, que les autres ont tord, ou dépassés. Malheureusement, cela ne se passe pas comme cela. Le vieux monde peut résister et sa capacité de défense et de nuisance la société numérique la prend mal. Ainsi elle ne la gère pas et donc elle la subit.

Il faut lire ce billet d’InternetActu consacré aux déboires de Airbnb et Uber et qui pose la question de la réaction destructrice du vieux monde à toutes ces belles idées d’économie participative basées sur la désintermédiation. Je suis personnellement un très grand fan de tout cela et parfaitement convaincu de ce que cela a de positif et de moderne. L’intervention de Caroline Drucker sur Etsy, autre modèle du genre, était rempli de cette idée que l’internet change le monde, rend les hommes plus heureux, preuve à l’appui. Sauf que ça ne marche pas toujours ainsi. Les néo-artisans de Etsy ne gênent personne. Les néo-prestataires de tourisme de Airbnb dérange le tourisme institutionnel et professionnel,Uber fait froncer les sourcils des chauffeurs de taxis et le citoyen islandais est otage de ses partis politiques. Le net adore les ruptures. Tellement, qu’il a une forte tendance à penser que celles-ci gagnent d’elles-mêmes et s’affirment déconnectées de l’ancien monde, qu’elles sont irrépressibles.

Sauf que l’ancien monde a un réel pouvoir de nuisance, surtout si l’objet du service est tangible. Et à l’ère de l’internet des objets et de l’économie désintemédiée, c’est bien le cas ! Les chambres de Airbnb ou les voitures de Uber sont réelles. Ce ne sont pas des MP3 qui circulent et se consomment hors réalité physique. A un moment de la chaîne de valeur, il y a confusion de l’ancien et du moderne. A cet endroit, l’ancien n’a pas dit son dernier mot et peut se montrer méchant. Il défend son pouvoir.

Le net veut changer le monde, mais il ne veux pas prendre le pouvoir. Il espère que cela se passera en douceur et que la lumière qu’il représente s’impose d’elle-même. Olivier Reichenstein nous a éblouis en mettant en scène la Caverne de Platon, mais je me disais en l’écoutant que cette allégorie sonnait extrêmement juste en toute fin du festival. Si l’idée est, comme je le pense, que le monde a déjà changé et que la lumière est celle de la modernité, la caverne remplie de l’ancien monde n’est pas prête de l’accepter. Et ceux qui veulent l’y ramener y seront plus que certainement broyés.

Mon humble avis est que le digital doit être moins naïf et plus méchant. La disruption de marché demande de la volonté et notamment celle de vaincre. Le net doit apprendre à vouloir prendre le pouvoir et s’en donner les moyens.

La troisième journée de Lift a consacré quelques brillantes présentations, notamment celle sur Etsy, mais aussi Massimo Banzi, le co-CEO de Arduino. L’histoire de cette entreprises est plus belle encore que ses produits et de ce que les gens en font. Les artisans connectés au monde de Etsy voisinent avec les Makers de Arduino mais leur propos raisonne dans la crise morale du capitalisme quand ils répètent à l’envie qu’il ne s’agit pas de s’enrichir, mais de changer le monde ou de servir un entrepreunariat des valeurs et non du capital. Le net affiche des valeurs et j’en suis convaincu, j’ai fait un livre là-dessus. Le net veut changer le monde et c’est le crédo central de tout entrepreneur digital qui se respecte. Mais il n’y a là-dedans pas de volonté de puissance, de volonté de gagner vraiment.

La seconde journée de Lift a consacré un mot que nous allons devoir apprendre : “compromis”. C’était un des mots central de l’intervention de Dave Gray, quand il nous a parlé de business agile. C’est un mot qui suppose d’avoir une juste appréciation des risques et des rapports de force.

A ce mot, j’ajoute moi-même deux verbes : “transiger” et “composer”. Transiger avec soi-même, pour formuler des stratégies qui tiennent compte de la réalité et ne pas se bercer d’illusions. Composer, car il faut savoir le faire, parfois, pour arriver à ses fins.

C’était à mon sens une des leçons du propos de Justin Pickard, sur ce que nous faisons vraiment avec des imprimantes 3D. C’est rarement génial et design, c’est souvent moche et futile, mais c’est ainsi que cela se répand et gagnera. Il a aussi été question de se “salir les mains” à un moment donné.

Nos rêves restent brillants, mais ils n’en seront que plus lumineux si nous savons les délivrer. Et pour cela, il faut faire preuve de réalisme et savoir transiger etcomposer quand il le faut. Je pense profondément que le monde numérique doit encore apprendre beaucoup de cette nécessité.

Ce billet a été initialement publié sur FrenchWeb

Illustration (de l’auteur) : à Lift, une machine “home made”, qui imprime en continue les textes envoyé à une url donnée.

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Aux cotés des équipes de M6 Web, Emakina.FR oeuvre pour la télévision enrichie avec le nouveau M6 Replay

Jul 10 2012

Jeudi dernier l’équipe d’Emakina.FR a eu le plaisir de participer à la présentation presse du nouveau M6 Replay par Nicolas de Tavernost, le patron de M6 et Thomas Valentin, vice-président du directoire de M6.

Aux cotés des équipes de M6 Web, Emakina.FR a oeuvré pour l’ergonomie, le design et l’animation des interfaces M6 Replay.

Depuis ses origines M6 a fait le pari de capitaliser sur des contenus de qualité, ses programmes fédérateurs auprès d’une large cible connaissent des succès d’audience et une forte identification du public. Pionnier de la catch up TV, le Groupe M6 a très vite compris et répondu à l’évolution des usages des consommateurs.  Avec la nouvelle version de son M6 Replay, la chaîne installe durablement le “second écran” et répond  aux besoins des téléspectateurs  à savoir  consulter des contenus complémentaires de ses émissions préférées (coulisses, bonus vidéo…) en même temps qu’ils regardent la télévision.

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  • Un « second écran » synchronisé en temps réel

Grâce à une technologie de reconnaissance sonore sur l’application mobile et iPad, la fonctionnalité « Devant ma TV » propose des contenus exclusif lors de moments-clé. Durant une emission, les téléspectateurs pourront ainsi découvrir  sur leur device la recette Top Chef en cours de préparation ou encore donner leur avis en direct sur la prestation d’un candidat de La France a un Incroyable Talent. Read the rest of this entry »

Manuel Diaz présent pour les enjeux de la certification bancaire organisé par Netbenefit le 12 juin 2012.

Jun 8 2012

Protéger les données et prévenir les fraudes bancaires c’est le devoir de tous les commerçants qui traitent des paiements par carte. Pour cela ils faut respecter la norme PCI DSS, le Payment Card Industry Data Security Standard qui est LE standard de sécurité. Son non-respect expose à des amendes, une augmentation des frais de transaction, voire à la suspension des services fournis par sa banque acquéreur. un sujet qui touche tout particulièrement les Directions RSSI & DSI, Directions Marketing, Directions juridique mais aussi toutes personnes concernées par la sécurité.

Pour accompagner les marques sur ces enjeux, NetBenefit, principal fournisseur européen d’hébergement et d’infogérance de solutions dédiées, organise le 12 juin 2012 un événement sur cette norme de sécurisation des transactions bancaires au sein du somptueux cadre du Cercle National des Armées.
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Manuel Diaz, président d’Emakina.FR, a accepté d’être coach pour cet événement pour donner son éclairage sur les complexités de cette certification. Entouré d’intervenants comme Nick HEape de Visa Europe, Abdelbaset Latreche d’IBM et  Eric Chauvigné de NetBenefit,  il répondra aux questions sur le rôle et les responsabilités des différents interlocuteurs (banques acquéreurs, hébergeurs, développeurs et autorités de certification). L’occasion de profiter du retour d’expérience d’Emakina pour posséder les clés nécessaires pour se lancer dans le projet de mise en conformité.
Découvrez vite le programme de cette journée et inscrivez-vous à l’événement en adressant votre demande ici.

Retrouvez Emakina au salon Bargento, l’événement e-commerce incontournable

May 24 2012

Lancés en 2009, juste après la sortie de Magento, Bargento est devenu un lieu de rencontre entre annonceurs, experts, agences et communauté. Cette édition 2012 se déroule le mardi 29 mai prochain et sera un concentré de retour d’expériences de clients, intégrateurs et partenaires.

C’est l’occasion pour nous de vous partager notre vision de l’e-commerce et notre approche de l’experience utilisateur. John Deprez , Chief Technology Officer et Partner d’Emakina Group, y interviendra à 9h45 aux côtés de Gregory Tocut, European e-business Platform Manager de Brady. Ce dernier nous expliquait il y a quelques temps comment Emakina avait accompagné Brady pour mettre en place leur stratégie de refonte des 22 sites e-commerce dans 14 pays européens.

 

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Face au public de Bargento, ils reviendront sur la nécessité de faire évoluer les plateformes e-commerce en intégrant tous les canaux en passant du call center jusqu’au catalogue papier. Ils expliqueront notamment comment, face aux enjeux d’une économie mondiale, il est important d’avoir une identité de marque qui soit globale.

Que ce soit dans notre travail de conception ou de production, Emakina reste focalisé sur l’expérience des clients potentiels afin de comprendre leurs besoins et leurs attentes. L’expertise d’une agence full service digitale native c’est d’accompagner les entreprises à innover (créer des contenus pour les terminaux mobiles, offrir les bons services aux bons moments) tout en respectant les usages avec les solutions techniques innovantes et ouvertes.

Si vous souhaitez participer au Bargento, n’hésitez pas à remplir ce formulaire , il nous reste quelques invitations!

 

Campagne présidentielle 2012 : une expérience hors du commun

May 10 2012

En cette fin de campagne électorale, je voudrais tout d’abord remercier Nicolas Sarkozy et son équipe de campagne pour avoir fait confiance à Emakina. Durant plus de trois mois, les équipes d’Emakina ont été intensément sollicitées. Elles ont répondu présent, avec talent, imagination, rigueur, comme nous le faisons pour tous nos autres clients.

Pour cette campagne la plus numérique de l’histoire politique de notre pays, Emakina a imaginé des formats et des outils innovants, sur le site internet de la France forte mais également sur les réseaux sociaux, au plus près des nouvelles habitudes des Français. Grâce à ce qu’Internet a de meilleur, nous avons pu apporter notre pierre au débat démocratique. Utilisation de l’opendata, innovations d’interfaces interactives, mobilisation en ligne, e-CRM, segmentation des messages par profils d’internautes etc..  Cette campagne a été pour nous tous un moment incroyable d’innovation.

Sur une note plus personnelle, je dois dire que cette campagne a été un grand moment de ma vie professionnelle. Je tiens à remercier toute la cellule internet du QG, et plus particulièrement Nicolas Princen. Ce fut un plaisir et un honneur de travailler avec eux durant toutes ces semaines.

Se mettre au service d’un client, dans un environnement compétitif, c’est la base de notre métier. Mais le faire dans ce contexte, ou chaque minute est d’une rare intensité, ou les confrontations sont parfois violentes, sous les yeux de millions d’internautes, c’était nouveau pour nous tous et donc une expérience inoubliable.

J’ai parlé de ce qu’internet a de meilleur, j’ai aussi vu ce qu’il avait de pire…des lieux de débats transformés en terrains d’invective, la compétition transformée en guerre, sur twitter notamment… Il faudra donc aussi tirer tous les enseignements de cette première véritable campagne présidentielle en ligne. Pour que la liberté créative d’internet ne se retourne pas contre la démocratie.

Opendata, année 0

Mar 18 2011

C’était donc hier après-midi, au centre de conférence Microsoft, où RSLN avaient monté une belle journée sur l’opendata, la “libération des données publiques”, en bon français. La salle était bondée et le panel de très haut vol, avec le tout jeune EtatLab en guest, l’initiative opendata de l’Etat français, née il y a un mois à peine. Elle a fait, me semble-t’il, sa première sortie publique, avec une sobriété et humilité de bon aloi. Elle est une excellente nouvelle et on lui souhaite d’ajouter à l’impulsion et de nous projeter dans l’avenir. On y croît.

L’opendata ou la quintessence de la modernité

J’ai recherché dans mon Diigo le premier bookmark que j’ai pu marquer “opendata”, c’était en décembre 2008, quand il se passait quelque chose, outre manche, avec les cartes. J’avais fait une sortie caractérisée en en juin dernier, et j’en avais surtout remis une couche, spécial Tourisme, en septembre, avant de le dire sur la scène de eT6, où il était clair à que le sujet avait fait plus que monter. Aujourd’hui, ce n’est plus de l’expérimentation, il s’impose à tout acteur public qui se respecte, ainsi qu’aux entreprises privées. Donc, si vous n’aviez jamais entendu parler d’opendata, il est temps de vous y mettre.

Je ne vais pas ici faire un compte-rendu de la journée RSLN, mais plutôt tacher de créer de la perspective et du sens, sur un sujet vaste, complexe, et à plusieurs faces. Il y avait hier les bons pionniers, le petit dernier, à savoir l’Etat français et le papa de tous, data.gov.uk, qui en a mis plein la vue, en quantité et en vision, à la fin de l’après-midi. Tout ce petit monde respirait l’innovation, le “gouverner autrement” et un pragmatisme rafraîchissant.

Basiquement, l’opendata consiste à rendre les données publiques disponibles et opérables, afin que des gens s’en saisissent et les exploitent. Si vous êtes à l’aise avec l’économie du XXIe siècle, vous trouverez ça d’une banalité confondante. L’opendata est en effet le condensé de la modernité, avec ce qu’il faut de pensée digitale, de vision économique orienté sur la valeur d’usages, de crowdsourcing, d’APIs, de cloud, de visualisation de donnée et de technologie qui disparaît. C’est, tout au fond, un modèle d’économie de l’abondance, où l’enjeu est de créer des opportunités. Si vous ne libérez pas les données, il ne se passera rien, et vous ne génèrerez rien. Mais si vous libérez les données, elles transformeront leur potentiel de “matière première économique”, comme l’a indiqué Bernard Stiegler. Le monde se divise donc en deux : ceux qui savent, ont la configuration mentale du siècle actuel, qui savent que l’avenir est fait d’opportunités et que les gens sont joueurs et savent jouer. L’opendata est pour eux une sorte d’évidence et de nouvelle frontière en même temps. Les autres ne comprennent tout simplement pas et ne comprendront que s’ils changent de logiciel.

Les 3 facettes de l’opendata

L’opendata est un carrefour et je vois pour ma part quatre routes qui y convergent.

La première s’appelle transparence.
Elle est portée par une attente citoyenne particulièrement forte, adressée à la chose politique. Elle s’est cristalisée avec Wikileaks, dont il faut rappeler le but politique de rééquilibrer le rapport de force entre citoyens et pouvoir par la transparence de l’information et des données.
Elle se traduit plus prosaïquement par des initiatives de transparence budgétaire comme Where does my money go ou de contrôle parlementaire comme ce que fait Regards Citoyens avec mondepute.fr, en France. J’y met aussi du travail de crowdsourcing comme la base des lobbyiste au parlement français, produite en quelques semaines par des citoyens anonymes.
Ce que tout cela raconte c’est que, si on le libère pas les données, les gens peuvent aussi faire le job eux-mêmes. Le net est plein d’info, une grande caisse à outils et un moyen de se mobiliser et de s’organiser. Nous sommes nombreux, connectés et pleins de compétences.

La seconde est politique et relève du management public.
Cet après-midi, Jean-Louis Missika a fort bien raconté combien le cadre de la participation politique, en France, enfermait et organisait un rapport de force politicien improductif d’où le citoyen de base était absent. Comme il a été rappelé, l’enjeu de la donnée, c’est d’observer, mesurer, prévoir. Or, gouverner, c’est … ? Ok ? Et l’enjeu de la libération des données, c’est celle de l’internet telle que l’a rappelé Bernard Stiegler : passer d’une somme d’intelligence individuelle à une somme d’intelligence collective. Partager la donnée, ça sert à ça, surtout quand partager est bidirectionnel et que les utilisateurs peuvent aussi enrichir les données (ou les corriger).

La troisième relève de l’efficacité économique.
Au terme de quelques décennies d’informatisation, vous disposez de vastes bases de données et des citoyens ou des utilisateurs avides de services, ainsi que la compétition ou l’émulation environnante, vous obligent à vous poser la question de développer des services dessus. Vous avez alors 3 solutions :

  1. vous transformer en opérateur de services que vous n’êtes pas, imaginer lesdits services, les construire, les lancer et les maintenir.
  2. considérer que, non, ce n’est pas votre job, et chercher un opérateur à qui vous aller concéder ce boulot.
  3. libérer les données et faire l’opendata que l’on connaît, plein de bons exemples sur comment susciter l’émergence de pleins de services en quelques semaines (et plutôt jours).

Ce que montrent les exemples de l’opendata, c’est que cela crée beaucoup de valeur, beaucoup de diversité, très vite. Xavier Crouan, de Rennes, a indiqué qu’avec 20k€ investi, il s’était généré pour 500k€ d’applications en moins de six mois. Un enjeu de créer des opportunités, vous dis-je.
Donc, la seconde facette de l’opendata, c’est le modèle de développement qu’il représente, sur le registre de l’efficacité. La promesse, c’est plus avec moins, plus vite. La contrepartie, c’est principalement la perte de contrôle, même s’il a été bien rappelé, aujourd’hui, qu’on peut libérer les données avec du sens politique dedans.

La quatrième est la plus basique. L’opendata est plein de gens de M. Jourdain, qui en font s’en l’avoir conceptualisé, tout simplement parce que c’est consubstantiel de la pensée économique du net. D’où l’air un peu ahuri de certains, quand on en est à expliquer des évidences. L’opendata, on en parle pour ne plus en parler et avant qu’un autre mot vienne désigner l’avant, quand les données n’étaient pas libres …

Un nouveau pallier de civilisation ?

J’étais venu chez RSLN pour avoir un point de mesure de la part des 4 composantes dans les discours des uns et des autres, surtout les trois premières, évidemment. C’était très éclairant.

Le concept est porté par un courant réellement civilisationnel. Le mot n’est pas trop fort. Bernard Stiegler nous a fait le coup de la révolution similaire à l’écriture ou l’imprimerie, à une période similaire à celle de la renaissance. Soit. C’est un discours bien connu. Mais je note surtout, pour ma part, que l’opendata est surtout une nouvelle étape de démocratisation. Après celle de l’information (datée de 2004, symboliquement, selon moi), voici celles des données. Elle suggère que nous sommes collectivement assez nombreux à disposer des compétences et des outils pour en faire quelque chose. Je crois clairement que oui, d’autant plus à cause de la fracture numérique que cela creuse un peu plus. A l’échelle d’une génération, 20 ans, tout aura changé.
A l’intérieur de ce courant, on trouve à la fois l’exigence de transparence et la pensée économique numérique moderne. Les deux sont nourries aux mamelles conceptuelles de l’internet : libertaires et libérales, qui sont ancrées au plus profond de l’internet et dans la pensée de ses utilisateurs. L’opendata n’est alors que la suite logique des choses, au même titre que ce qui s’est produit avec l’information lors de la démocratisation des média, engagée il y a dix ans environ, quand la technologie a libéré les opportunités en ce domaine.

Les praticiens que l’on a vu hier, sont des gens qui partagent des convictions claires sur le fait que le monde a changé. Mais s’ils font référence aux valeurs de transparence et de démocratisations, c’est autant en terme de valeur politique que comme exigence opérationnelle du succès. A titre de résultat, je note la forte insistance à fabriquer de l’engagement dans le public, à réaliser la participation concrète des gens.
Ce sont surtout des acteurs pragmatiques, qui partagent la conviction d’un management public entreprenarial. Celui-ci est fait de prise de risque, d’innovations de ruptures qui servent une ambition politique de changer les choses, avec une proposition sociétale très force. Ce ne sont pas des gestionnaires, ils saisissent des opportunités, ils créent de la valeur.

Mais plus on va vers des praticiens expérimentés, plus on est aussi dans une logique d’efficacité pure. J’étais très attentif à entendre, à côté des grandes sorties sur la transparence et la démocraties, les termes économiques et managériaux. J’ai entendu des choses qui relèvent de l’efficience territoriale du côté de Rennes ou d’Edmonton. Mais avec Nigel Shadbolt de data.gouv.uk, on a vraiment entendu un discours d’efficacité de l’action publique. Pas simplement sur un registre d’économie, de vitesse ou de diversité au développement de service. Il a aussi beaucoup insisté sur le fait que la transparence des données avait un impact sur l’efficacité des services publics. L’exemple de l’impact des cartes de criminalité sur le marché de l’immobilier est bien connu, mais il aussi parlé de la performance des écoles ou du taux de mortalité dans les hôpitaux. Je ne voudrait pas pour autant pervertir son propos, puisqu’il a reconnu forcer le trait. Surtout, il était très clair que les attendus philosophiques et politiques ne faisaient plus débat. Il a même insisté pour dire que le sujet était dépolitisé. Cela m’a rappelé celui des infrastructures numériques et de l’accès, qui en est passé par là, il y a dix ans environ.

A un moment donné, mon voisin m’a dit fort justement que “partager” est le mot du XXIe siècle, puisqu’il faudra bien partager les choses alors que la planète montre ses limites et que l’on est tous dans la même barque. Observer, mesurer et prévoir. La capacité décisionnelle à la portée de tous, où la somme des individus fabrique une intelligence collective, une exigence collective aussi.
L’opendata n’est qu’une étape dans un processus qui réinvente la politique et la société, la civilisation. Il arrive par le bas, et comme l’a dis Bernard Stiegler, il transforme tout et il faut élever le débat, sortir par le haut. Le monde change et n’a pas fini de changer. Changeons le. Opendata, c’est mûr et ça commence vraiment maintenant !

Et si la TV était sociale avant d’être connectée ?

Mar 9 2011

La télévision est au centre de toutes les attentions, l’objet de toutes les convoitises, au cœur d’une bataille très disputée… En effet, après une longue phase d’ignorance mutuelle, de mépris et d’observation, la télévision et internet vont se marier. C’est inéluctable. Cela soulève deux questions. L’une porte sur les usages, l’autre sur le modèle économique. C’est naturellement la seconde qui gouverne les esprits. Si les recettes publicitaires sur le web ont connu une très forte croissance, nous sommes encore bien loin du gigantesque gâteau de la publicité télévisuelle, une économie (encore) florissante mais déjà bousculée que le web regarde comme une grande opportunité.

Les chaînes sortent aujourd’hui de la télévision pour aller sur d’autres écrans, soucieuses de bien verrouiller le tuyau des contenus et des revenus publicitaires. Ce mouvement s’inscrit dans une tendance de fond : faire rentrer le web dans la télévision en la connectant. Constructeurs, géants du digital, fournisseurs d’accès et même certaines chaînes se disputent ainsi la place du meuble sous le téléviseur, à grands coups de « boxes ». Cependant, l’offre reste disparate et manque de convergence dans un marché qui reste en forte croissance avec une demande de plus en plus importante de la part des consommateurs pour des flux vidéos de toutes sortes que ce soit via la vidéo à la demande ou encore sur mobiles…

Télévision connectée ou « à l’ancienne », la télévision fonctionne quand elle capte un maximum d’attention du téléspectateur. C’est sa force et sa faiblesse. Le fait que la télévision « sorte de la télévision », suive le téléspectateur sur d’autres écrans ou il se connecte, ne réinvente rien en soit. Les écrans connectés sont de fait déjà une norme.

Alors quelle est la véritable révolution ? La télévision n’est en fait pas simplement « connectée », elle est « prolongée ». Les téléspectateurs utilisent aujourd’hui Facebook ou Twitter pour commenter en direct avec leurs amis leurs programmes favoris. Sur les grands rendez-vous – un match de l’OM, le tournoi des 6 nations ou un épisode de Plus belle la vie – le phénomène a pris une ampleur considérable. De même de plus en plus nombreux sont les téléspectateurs qui souhaitent partager la liste de leurs programmes favoris. Le magazine TV de demain est donc déjà réinventé : ce soir, vous regarderez ce que vos amis regardent et non plus les programmes imposés par la politique éditoriale des chaines…

Ainsi, est ajoutée à la posture de téléspectateur traditionnelle une expérience sociale qui décuple le plaisir de la consultation et assouvit un besoin de commentaire, participation, débat, et de partage. Réseaux sociaux et phénomènes de socialisation numérique sont de fait un formidable levier de valorisation pour la télévision et surtout une immense opportunité de fédérer plus que de l’audience, de générer de l’appartenance, de l’engagement. La télévision sera de moins en moins uniforme et linéaire pour évoluer vers quelque chose de vivant, une communauté active de téléspectateurs.

Dans ce contexte, les chaînes traditionnelles ont encore une avance concurrentielle puisqu’elles conservent – pour combien de temps ? – les droits des grands événements (compétitions sportives, concerts, …), des programmes et séries en première diffusion. Mais cette accoutumance – il est vrai déjà mise à mal par les « boxes » – devrait rapidement prendre fin. Les nouveaux formats de séries apparaissent sur le web, la vidéo s’y réinvente et l’internet a supplanté la télévision en termes d’influence sur l’acte d’achat. Le jour où les acteurs de l’Internet feront une vraie proposition de culture et de divertissement avec des programmes exclusifs et une ligne éditoriale, le tout accessible facilement, il se passera quelque chose d’une violence aussi inouïe que celle qui a bouleversé l’industrie musicale.

Et pour les acteurs historiques du canal hertzien, l’avenir passe très certainement par un positionnement sur des contenus live, originaux et exclusifs, couplés au second écran dans les mains d’un utilisateur sur son canapé engagé dans une expérience de socialisation et d’échange avec ses amis via sa tablette ou son mobile. En parallèle, de nouveaux acteurs développeront un autre modèle économique basé sur l’accès à un catalogue infini et intelligent de vidéos à la demande contextualisées à nos goûts et comportements sociaux déterminés.

Sur cette seconde expérience tout est à inventer et les chaînes ne peuvent s’appuyer sur leur culture initiale ni compter sur leur puissance dans la mesure ou des acteurs globaux comme Google, Apple ou Facebook seront des compétiteurs redoutables déjà bien installés dans les usages. Ce Yalta concurrentiel aura-t-il lieu ? Nul ne le sait, mais la guerre froide a déjà commencé. Bienvenue dans une économie de l’attention.

Twitter vu par ses utilisateurs en France

Jan 6 2011

ifop ©

ifop ©

Un peu plus de trois ans après son apparition, et après l’explosion 2009 qui l’a vu promu par les médias, où va Twitter ? Si les données sont désormais assez nombreuses, il n’est pas très facile de dégager une cohérence, vu les différences parfois constatées. L’étude de l’IFOP (pdf 2010) auprès d’utilisateurs, parue en décembre 2010, permet de dégager leurs profils et des usages types. Si l’on en croit cette étude, l’utilisateur type serait un homme en général (pour les 2/3) ayant entre 18 et 34 ans, cadre (pour 50%), inscrit par ailleurs dans des réseaux sociaux ou de géolocalisation, ayant publié une moyenne de 452 tweets depuis l’ouverture de son compte (298 pour les femmes), et suivi par 350 followers ; un profil plutôt marqué technophile, encore proche d ‘un earlyadopter inscrit dans l’écosystème des réseaux sociaux pour reprendre les termes de l’IFOP.
Quand à l’intérêt pour les usages, les mots partage, information et réactivité sont sans surprise les plus cités avec tous les mots ayant trait à la vitesse ; du lien en temps réel, pour diffuser et commenter des infos et partager avec sa communauté de suiveurs, mais aussi des usages (supposés ou réels ?), jugés utiles, et plus orientés vers la communication d’entreprise, la création d’un réseau de prospects et de clients, ou le drainage d’audience vers un blog, sans oublier la communication politique. En revanche, il est intéressant de noter que la recherche de bons plans et de voyages, usages que les utilisateurs mettaient en bonne place dans l’étude IFOP 2009, apparaît désormais délaissée. Où l’on voit qu’une sélection des usages s’opère à l’usage justement.
On le voit, Twitter semble tarder à sortir d’un certain segment d’utilisateurs. Certes le taux de notoriété progresse à 80%, mais les inscrits ne dépasseraient pas 7% des internautes et les ouvertures de comptes en 2010 semblent marquer le pas. 96% des utilisateurs trouvent Twitter utile (dans le cas contraire, seraient-ils encore utilisateurs ?), encore faudrait-il distinguer ceux qui sont réellement actifs, et qu’une étude Sysomos monde de 2009 jugeaient très minoritaires, comme d’ailleurs sur les réseaux sociaux en général. Condamné à évoluer, Twitter, d’abord « simple » outil de microblogging, devient réseau social incluant des remontées depuis les blogs, des médias photo ou vidéo consultables directement ou la géolocalisation, ainsi que la création de listes. Mais sur ce terrain, il y a fort à faire face à facebook, plus grand public, qui développe lui aussi les modes d’échange instantanés et organise la convergence des usages.

Metrics et sentiments 2010 : Noël, la grippe et le bonheur national brut

Dec 31 2010

Nous voici à la fin de cette année. Et savez-vous ce qui nous (vous ?) a rendu les plus heureux en 2010 ? Si l’on en croit le Gross national happiness index de Facebook autrement dénommé indice de bonheur national brut en français, c’est tout simplement…Noël ! C’est vrai aux USA, mais aussi entre autres, en Allemagne, en Italie et en Belgique. On peut extrapoler sans risques le résultat  à la France. A noter que Noël suscite aussi un pic négatif certes bien modeste au regard du pic positif, mais tout de même ; je vous laisse à vos interprétations…
Comme désormais un grand nombre d’instruments, celui-ci essaie de quantifier et de caractériser l’état émotionnel d’un collectif et s’inscrit dans l’utilisation du net comme système nerveux virtuel. Des filtres sémantiques (on perçoit bien les enjeux que représente la mise au point des « bonnes » combinaisons) permettent d’attribuer des valeurs positives ou négatives, éventuellement pondérées, aux termes employés sur facebook. Il en résulte un graphique sensé traduire l’état d’esprit, l’humeur, l’état émotionnel des utilisateurs, dont on sait qu’ils représentent un échantillon représentatif de la population par le nombre au moins. A titre d’exemple, on peut noter un grand coup de déprime le 25 juin 2009 (rappelez-vous !). Alors qu’est-ce qui pourrait venir troubler notre bonheur en cette fin d’année ?
La grippe bien sûr ! Les médias s’en font l’écho depuis quelques jours avec du retard sur…Flu trends, le site bien connu sur lequel vous pouvez suivre au jour le jour la propagation de la maladie à partir de la popularité de mots-clés soumis aux moteurs de recherche. Tapez grippe dans Google tendances et vous verrez confirmé l’intérêt croissant des internautes ces derniers jours pour  des recherches relatives à la grippe. Et c’est cette propension à rechercher des infos sur la maladie avant même de consulter un médecin, ainsi que le recueil et l’analyse des données en temps réel qui donne à Google de l’avance sur les réseaux médicaux de surveillance ; Et les résultats donnés par Flu Trends bénéficient d’une bonne fiabilité, confirmée par des études menées et publiées dans Nature, la revue scientifique de référence. Là encore, le Net comme système nerveux virtuel collectif…
Alors, meilleurs voeux et beaucoup de bonheur pour 2011 !

iArt ? La fondation PB-YSL, expose les Fresh flowers de David Hockney

Nov 19 2010

David Hockney ©

David Hockney ©

Un des artistes les plus connus et appréciés au monde depuis les années 60 et la période pop art, David Hockney, reste à l’affût des nouvelles techniques et des possibilités d’expression artistique qu’elles offrent. Après la photocopie, le fax et le computer drawing, rien d’étonnant à ce qu’iPhone et iPad entrent dans sa panoplie, même s’il n’est pas le premier. Certaines de ses réalisations, « fleurs fraîches », sont exposées à la fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent jusqu’au 30 janvier 2011 (on peut voir le dispositif lors du vernissage). On peut aussi voir quelques créations sur iPhone sur le site d’Hockney.

Alors que changent les interfaces tactiles ? Elles ouvrent un champ de création dont il est trop tôt pour mesurer l’étendue et l’avenir. En masquant à la conscience de l’utilisateur la phase de calcul et de traduction par la machine, phase perceptible par l’usager du clavier et même par celui de la souris, ces interfaces réintroduisent ce qui s’était affaibli avec le numérique, à savoir un lien perçu comme direct entre le geste et la trace même simulée (un des fondements de la peinture et de la sculpture. J’avais par ailleurs évoqué la disparition de ce lien à propos de Veilhan ). De ce point de vue, iPhone et iPad n’offrent pas la même expérience gestuelle. Un écran accessible par le bord du pouce et sans bouger la main pour l’un, un écran nécessitant des mouvements de la main et du bras pour l’autre. Quant au toucher, la peau étant, comme le dit Michel Serres, le bord commun au corps et au monde, interface et frontière à la fois, il nous ramène à la relation à la matière et à sa sensorialité…même si la texture, la température perçue ou le relief ne sont pas ceux d’une feuille de papier ou d’une toile.

Pour quel résultat ? Bien sûr, la surface d’un smartphone est limitée. L’appli Brushes utilisée par Hockney, aussi. Mais elle offre des possibilités de superposition et de transparence que n’offrent pas les couleurs sur papier ; et aussi des possibilités de correction et de revisite de la cinématique du dessin. Ces possibilités, associées à une synthèse des lumières colorées bien sûr très différente de celle des pigments, à leur transparence et à la maîtrise de ces couleurs par Hockney, donnent des résultats d’une grande fraîcheur et souvent séduisants sur un écran. Un bouquet dans la lumière d’une persienne, dessiné le matin au réveil et envoyé de l’hôtel, peut en dire plus sur l’atmosphère du lieu et l’humeur de son auteur que la photo ou la carte postale de monsieur tout le monde envoyée du lieu de séjour. La viralité est exploitée a minima puisque seuls, aux dires d’Hockney, une vingtaine de ses amis reçoivent ses dessins. Et d’ailleurs, j’en profite, David, if you read this note, I would like very happy if you sent me some flowers on my iPhone.

Au final est-ce de l’art ? fallait-il l’exposer ? La notoriété de l’auteur y pousse ; et si le fait d’être exposé dans une institution consacre le travail et l’étiquette art, c’est fait. Et cependant, sortis de leur contexte qui se situe quelque part entre l’art et la communication, ces dessins exposés dans un contexte muséal, perdent de leur spontanéité et peuvent apparaître plus comme un exercice de style où les contraintes de la surface et de l’outil sont  très présentes. Certains y verront de la poésie, d’autres de l’indigence. Bien sûr le problème de la circulation, de la reproduction et du marché des œuvres sur support numérique n’est pas réglé, et le fait que l’on puisse encore « accrocher » au mur une production conçue pour un autre usage en rassurera certains, mais est-ce bien la solution ? Pourquoi pas un espace d’exposition virtuel accessible par le réseau ? Le débat est ouvert.

Internet mobile à l’horizon 2014

Oct 14 2010

Une étude de Capgemini publiée en juillet 2010 pour le SRI (syndicat des régies internet) montre la forte croissance du mobile qui sera le premier point d’accés à internet en 2014 en France. Cela rejoint l’étude de Gartner début 2010, dans laquelle il annonce que dès 2013, le nombre de smartphones et de mobiles connectables devrait dépasser le nombre de PC. Cela induit bien que le mobile en général devienne le premier moyen d’accès potentiel à Internet. Ce développement devrait contribuer à permettre potentiellement à 3 milliards d’adultes d’effectuer des transactions électroniques (internet mobile ou PC) à partir de 2014.

L’augmentation du taux de pénétration de l’internet mobile s’inscrit dans une évolution logique. Du téléphone à fil à la cabine puis au mobile, du desktop au portable et à la plaquette, de l’interface mécanique à des interfaces tactiles, la tendance incontournable est à l’autonomisation de l’univers de la communication, à l’adaptation des interfaces à une utilisation plus instinctive, à l’intégration au corps de prothèses extensives permanentes, autonomisation et intégration étant bien sûr corollaires l’une de l’autre. Rien de surprenant donc dans les prévisions de Gartner et dans celle de Capgemini

La première conséquence est évidente : on voit bien sûr l’intérêt qu’il y a à concevoir des sites et des applications adaptables ou optimisés pour le format mobile, sous peine de perdre le contact avec un grand nombre, et bientôt peut-être, une majorité de ses utilisateurs et de ses clients. Toujours d’après l’étude de Capgemini, 67% des annonceurs en France envisagent d’ores et déjà le développement d’une application mobile.

Autre conséquence que pointe Gartner: là où le web, le search, permet d’extraire de l’info organisée et promue pour drainer l’attention qui remonte vers l’émetteur, le développement de l’internet mobile permet de s’adresser directement à l’utilisateur dans une stratégie moins « pull » et plus « push ». La connaissance du contexte et celle du profil de l’utilisateur prennent une importance de premier plan : localisation, motivation, fréquentation des réseaux sociaux deviennent des renseignements fondamentaux pour la segmentation et le ciblage permettant de délivrer un message personnalisé rattaché à l’expérience de cet utilisateur.

Une confirmation : Facebook, présent d’entrée sur des smartphones, sera, sauf dérapage, confirmé en 2012 comme premier hub pour le social web et l’interopérabilité des réseaux, au travers de mécanismes divers comme Facebook Connect par exemple. Cela le place en situation de premier marchand de profils. Et voilà confirmé que la gestion de la vie privée restera un grand défi pour Facebook et par ricochet pour nous aussi !

Le lien et l’écriture hypermédia dans l'ergonomie du désordre

Sep 13 2010

La réflexion relative à l’apport du lien hypertexte ou hypermédia dans les modes de lecture et d’écriture est depuis bien longtemps en cours. Quelques billets récents ici ou ont réactivé chez moi le souvenir d’une étude que j’ai réalisée en 2007…où l’on voit que des îlots de signification autonomes (R.Barthes) prennent du sens (ou un autre sens) dès lors qu’ils sont reliés en réseau. La nature et l’organisation des liens, l’ergonomie donc, prennent alors toute leur importance. Si les critères ergonomiques sont généralement appliqués dans le but de faciliter et d’orienter l’accès à une information classée et hiérarchisée, a priori le contraire du désordre, la réalisation de Philippe de Jonckheere et Julien Kirch, désordre.net, montre qu’ergonomie et désordre ne sont pas antinomiques, bien au contraire.

On a là un modèle d’écriture hypermédia qui est aussi une sorte de leçon d’ergonomie en creux : « …et tout s’enchevêtra dans un désordre impeccable », selon PdJ : hétérogénéité des contenus, absence de charte graphique comme de charte des médias, multiplication des pages repère d’organisation différente, liens culs de sac, fausses pistes, absence de balisage du parcours et d’outils de repérage, liens externes non différenciés, fakes, script aléatoires, empilement de pop up, absence de contrôle de l’internaute sur le contenu affiché, souvent imprévisible, page d’accueil énigmatique (modifiée assez récemment)…,bref, la structure du site tourne volontairement le dos aux critères ergonomiques et d’accessibilité habituellement recherchés. Les auteurs s’appliquent à organiser un savant désordre, une apparence de hasard, qui conduit le visiteur à déambuler dans leur univers de façon ludique. Il s’agit de se fixer par avance des contraintes, ici une ergonomie du désordre, pour relier plus de 30 000 fichiers,  dans le but de mieux exercer sa liberté – on retrouve là une démarche de type Oulipo connue dans la création littéraire (voir entre autres Queneau ou Pérec).

La structure de desordre.net répond pour partie aux principes de l’un des modèles du réseau auquel il est souvent fait référence, celui du rhizome de Deleuze : sans hiérarchisation, sans commencement ni fin, en cela antigénéalogique, sans centre, composé de réseaux mouvants, on peut y rentrer par n’importe quel point relié à un grand nombre d’autres, y compris externes, de nature souvent différente. Les limites du site sont peu perceptibles. La profondeur spatio-temporelle est recherchée notamment par l’utilisation de la superposition de pop-ups et la juxtaposition de lieux et de temps différents dans des iframes.

Du point de vue de la lecture, chaque fragment, texte, photo, vidéo ou son, peut être considéré comme autonome. Il n’est ni début, ni fin, ni suite. Caractéristiques de l’hypermédia, les parcours de lecture permettent d’échapper à toute linéarité en établissant des relations de sens et de voisinage entre des documents qui n’ont pas de liens propres. L’information produite s’élabore en temps réel et résulte d’un parcours individuel non reproductible compte tenu des scripts aléatoires. Le lecteur construit et déconstruit l’information en choisissant sa direction à chaque carrefour. Si l’on parle de collectif, on voit plutôt là que l’hypertexte est l’ennemi du partage (dixit Castells). Ce que partagent les lecteurs, c’est un espace mental dans lequel ils évoluent sans pour autant en avoir la même expérience .

Alors qu’est-ce qui assure la cohérence du travail et lui donne un sens ? C’est l’ appartenance des contenus à un même univers personnel ET leur organisation en réseau mouvant. Cet univers est soutenu par la transparence et la subjectivité de l’auteur et la thématique transversale qui relie les contenus autour de la mémoire, du quotidien et de l’intime. Si le réseau autorise ubiquité, fragmentation, simultanéité dans un processus continu de territorialisation-déterritorialisation, l’architecture de ce site permet l’exploration de ces possibilités dans une liaison intime entre le fond et la forme. Le réseau utilisé comme matière est ici au moins aussi important que le contenu lui-même ; « medium is message »… Un site à l’image de la pensée, des dédales de la vie et des réseaux qui s’entrecroisent, dit De Jonckheere ; et aussi à l’image de la mémoire qui fonctionne par associations, discontinuité et multiplicité.

Certes le parcours est chaotique, souvent déroutant. Vous aurez toutes les raisons de vous perdre, d’être agacé et même de renoncer ; mais au final, un travail attachant pour qui acceptera de s’immerger longuement et de se perdre dans cet univers où les fonctions émotives et phatiques sont privilégiées. La qualité générale des documents donne une réelle plus-value à cette création, laquelle a d’ailleurs reçu le prix de la société des gens de lettres en 2002. Si ce type de structure convient à un travail de nature artistique, je persiste à penser que ce désordre qui s’inscrit si bien dans notre fonctionnement mental, pourrait, dans certaines conditions, très bien être adapté à des formes de teasing (luxe, tourisme…). Photos, contes, extraits de concerts, compte-rendus de visites, personnages locaux, jeux, bloc-notes, vidéos…tout cela au « hasard » des clics,…tout cela ne prend bien sûr du sens que par la mise en réseau, mais c’est cela qui raconte une histoire qui s’inscrit dans l’émotion et la sensibilité du visiteur.

NB : On pourra lire mon expertise complète de 2007 ici (qques changements dans le site depuis), et la réaction de PdJ

Du bon usage des QR Code : Zoo Records

Aug 30 2010

zoo records qr code campagne

zoo records qr code campagne

Une excellente campagne, qui a d’ailleurs reçu un Lion d’or à Cannes me semble-t-il, et qui démontre un excellent usage de la technologie QR Code trop souvent mal manipulée.
Dans un contexte ou faire émerger de nouveaux artistes n’est pas chose aisée, qui plus est en Chine, cette campagne met en oeuvre les bons atouts pour exciter et amuser nos chers teenagers de génération iPhone :

  • Les codes graphiques de l’underground pour susciter l’intérêt
  • Du street marketing pour renforcer le coté aficionados
  • Un brin de technologie qui permet de dégainer son iPhone
  • De quoi découvrir de nouveaux groupes tel que Pandora, Last.fm ou Deezer le permettent
  • Un one click shopping pour le plus grand bonheur des ventes
  • Et un one click sharing on Facebook et Twitter pour le coté statutaire : c’est moi qui l’est vu en premier les gars, je suis le leader de la tribu que ce soit clair ! ;)

Plus de la moitié des 14 groupes impliqués dans cette campagne ont fait “sold out” sur les ventes de leur album durant la première semaine. Pas mal n’est ce pas ?

Pourquoi Foursquare se vendra (certainement) a Google ou pas du tout

Aug 20 2010

Avec l’annonce faite de Places par Facebook, un service directement concurrent à Foursquare, la start up New-Yorkaise tant aimée de ses utilisateurs et chouchoutée des analystes US, je me demande ce que vous prévoyez de changer à vos usages autour des services de géolocalisation.

Il y a une semaine quasi jour pour jour Foursquare avait refusé une offre a $120M de la part de Facebook. Je disais sur Twitter que je ne trouvais cela pas malin de la part de Dennis. Rompre une négo (Facebook ayant quitte la table suite a cette demande de +25% sur la valo) alors que vous savez qu’un géant (en terme de users installés) comme Facebook va s’attaquer a votre corps business dans les jours qui suivent…. Étrange comme approche n’est ce pas ?

Mais c’était sans compter un détail que j’avais omis et que @goupil972 m’a judicieusement rappelé. Dennis Crowley, CEO Foursquare, est un ex Google. Il a d’ailleurs déjà vendu son service Dodgeball.com à Google en 2005, fondé en 2000 alors qu’il n’était encore qu’étudiant. Faut il voir là le signe d’une négo sous-marine avec Google ? Denis aurait il déjà négocié un accord avec Google a valoir prochainement ? Ou a la façon de Twitter Foursquare va t il tailler sa route en cavalier seul, service stand alone qui se suffirait a lui même ?

Personnellement je privilégie grandement la piste Google qui cumule de véritables échecs dans le web social. Je pense de plus que Facebook a deux handicapes majeurs : la levé de boucliers inévitable sur la protection de la vie privée (débat assez stérile selon moi mais on pourra en reparler) + l’aspect social gaming complètement absent de Places et très bien installé dans l’ADN Foursquare. Et vous qu’en pensez vous ?

Web isn't dead, it's the economy, stupid !

Aug 19 2010

Le web est mort, c’est la discussion du moment. Elle était préméditée, est arrivée à l’heure et déclenche le débat. Mais de quel débat on parle ? Tout ceci me paraît un peu artificiel, en tout état de cause plus proche de considérations de légistes que de projections sur l’avenir ? Le web n’est pas mort, il est juste devenu moins intéressant dans le business. Faire un site web quand on veut développer du business est devenu une mauvaise réponse, tout au moins une partie secondaire de la réponse.

Qu’est-ce qu’on nous apprend que nous ne savions pas déjà ? la réponse est RIEN

  • Que le mobile tend à devenir la plateforme d’usages majoritaire dans l’avenir proche ? C’est déjà dans le tuyau, on attend juste que ça arrive.
  • Qu’il y a un déplacement manifeste du web “classique”, donc du marché du search, vers [ce qu'on appelle à tort] les médias sociaux ? Ça aussi c’est en train de se faire.

Alors ok, c’est Chris Anderson qui dit que la page s’est tournée et il faut sans doute ce genre d’autorité pour que le message soit bien reçu et que cela nous aide, travailleur de l’ombre, à enfoncer le clou auprès de clients qui continuent à penser que leur stratégie se résume à refaire un site corp. (non, je ne parlerai pas de France.fr) ou un jeux-concours sur Facebook, comme les copains. C’est très bien que ce soit dit. Rendons grâce, il le fallait.


Capture d’écran 2010-08-19 à 10.41.24J’aime bien le petit tableau avant/après d’Anderson. Il me rappelle les Web 1.0 vs Web 2.0 du bon vieux temps. Comme ceux-là, je ne l’aime pas car il nous enferme dans des idées grossières et dangereuses, il nous enferme surtout dans des outils. Il me semblait qu’on avait tous compris que le futur du web 2.0 ce n’était pas le web 3.0, mais changer le monde. Raté.

Les apps sont un grand succès, mais le navigateur n’est pas mort. Il a déjà vaincu les widgets et gadgets de bureau, qui sont elles les grandes victimes des apps de console de commodités portable et configurables que sont devenus nos téléphones. Les apps sont des commodités, des choses que l’on adopte. Le vrai changement n’est pas le navigateur, c’est l’ordinateur. D’autres que moi ont fort bien dis que smartphones et autres tablettes sont la mort de l’informatique personnelle et domestique, que l’ordinateur est (re)devenu un outil de travail, une machine complexe pour gens compétents. Les apps, c’est simple et ça ma grand-mère s’en sert et sait à quoi ça lui sert.

Parler d’abonnement, installation ou souscription en lieu et place de syndication n’est que de la sémantique. Du moment que c’est l’utilisateur qui prend la décision de s’approprier le service, peu importe la nature de cette appropriation. Les gens ne portent pas de valeur à la technologie. Ils s’en servent, elles les sert, et s’il y a mieux ou que ça ne marche pas autant qu’ils le souhaitent, ils en changent. Les geeks, c’est fini, place à des masses qui n’ont aucun mysticisme de la technologie.

Que l’on soit passé du free au freemium est un défonçage de porte ouverte. Chris Anderson ne fait même pas sa propre pub, il ne fait que constater que le freemium est le modèle gagnant de l’après-crise. Ceux qui découvrent l’information ont certainement du rester déconnectés dans les dix-huit derniers mois. L’innovation, elle est maintenant dans l’après-freemium !

Non, la seule vraie chose pertinente, c’est du passage des !! à ?? derrière Google. Pourquoi ? parce que ça parle marché, économie, la seule chose qui compte !

On le sait bien, Google a perdu la bataille du web social. Les grands réseaux l’ont gagné et celui du monde occidental s’appelle Facebook.

Google a failli perdre celle de la mobilité, mais il a réussi à se placer avec Android. Il est donc toujours là dans le mobile, avec quand même une question sur les apps et la monétisation de son économie du lien, car le search reste une simple commodité parmi d’autres sur cette plateforme.

Il faut donc souhaiter à Google que le web ne soit pas mort, car c’est après-tout son coeur de business. Si on se dit que le web a perdu la position en terme de fidélisation et de commodité (apps) et que les plateformes sociales ne sont plus du web mais une surcouche et des environnements cross-platforms, le web n’est presque plus que du search vers du contenu ou des plateformes. Normal que les comptes de Google soient bon, malgré la crise. Normal que les Ads se portent bien.

Google est révélateur du changement car il est bousculé sur ses fondamentaux. Le web n’est pas mort, mais il n’est plus l’alpha et l’omega des usages de l’internet. Chris Anderson a bien choisi son titre. Nous assistons à une nouvelle relecture de la nouvelle économie, où c’est la modification du terrain de jeu par l’extérieur qui remet en cause les positions. Google était indétronable sur le web, mais si le web est remis en perspective, ce n’est plus le même jeu.

Le seul vrai marché est celui des usages, il vit d’innovation pure, sans distinction de hard, de soft ou de plateforme. Comme je le disais en introduction, c’est une erreur de raisonner en outil, en système ou en ce que vous voulez, la seule chose qui est sûre, ce sont les usages et à travers eux le sens que les gens donnent aux choses.

Le web n’est pas mort, il est juste ramené à ce qu’il est : un moyen parmi d’autres, dans une palette toujours plus riche et étendue de modalités pour faire des choses pour nous les hommes. C’est ça l’histoire de l’internet, l’extension du champ des modalités. Vive l’internet et à travers lui un nouvel art de vivre et un vivre ensemble que nous construisons chaque jour loin d’institutions qui n’ont pas compris et d’une économie qui a encore du mal à l’entendre.

Le vrai débat, il est sur les valeurs et la manière de créer de la confiance et un environnement fructueux de business et de relation entre les clients/usagers et les marques/entreprises/acteurs qui veulent avoir de la relation/business/engagement avec eux.

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Illustrations CC FlickR par Anitakhart