Web² : la nouvelle révolution industrielle

Feb 3 2010

En septembre dernier, survolté par un Lift Marseille mémorable, j’avais consacré un billet enflammé sur le web². Depuis, de l’eau a (un peu) coulé sous les ponts et il me semble que cette nouvelle proposition d’O'Reilly a surtout suscité de la circonspection, sinon du mépris. Tout le monde baratine sur un futur drivé par le digital. On tourne en rond sur le web sémantique, en oubliant que c’est un objectif de la décennie, pas de demain matin. Cela génère déjà de la déception, comme c’est déjà le cas avec la réalité augmentée. Cela démontre à qui veut bien le regarder que l’on est dans l’inflation technoïde, pas dans la rupture d’usages qu’a marqué le web 2.0 en son temps.
Je reste sur ma conviction qu’il ne s’agit pas d’un nouveau palier pour le web, que la rupture est dans la démocratisation de l’innovation, jusque dans l’appropriation de la fonction R&D par les gens eux-mêmes, que l’impact sera dans le réel. Les révolutions sont d’abord souterraines.

Il n’est qu’à voir ce qui se passe du côté du crowdsourcing pour considérer que l’extension du domaine des idées n’est pas un gadget, mais bien un facteur de performance qui se pose aujourd’hui.
Dans le web², il y a deux composantes : les objets et la faculté du web est à être support et moteur de l’innovation. C’est très bien de réfléchir aux meilleurs outils, interfaces et systèmes, au marché émergent et central que ça représente très clairement pour n’importe quel industrie, mais l’essentiel est dans ce que les gens en font. Alors certes qui dit marché dit le fait que tout le monde regarde vers ceux qui ont un carnet de chèque. Ceci explique cela, mais c’est aussi une leçon du web 2.0 d’avoir vu naître la suite dans l’ombre.
Pendant ce temps, en effet; la multitude de ceux qui se servent du web a compris que le web c’était de l’innovation à portée de la main. Ce n’est pas une petite chose que des gens préfèrent couper le chauffage et manger moins, plutôt que de se couper du web. Au parlement européen et au Conseil Constitutionnel, il n’est pas fortui que l’on ait entendu parler de droit fondamental en 2009. C’est déjà comme ça que les gens le comprennent. Pour eux, la vraie exclusion, c’est d’être déconnecté (à bon entendeur …).
Nos vieilles sociétés industrielles sont pleines de savoir-faire, de gens éduqués, intelligents, passionnés et grégaires. Le web est plein d’infos et de moyens de collaboration. Ajoutez, par exemple, l’électronique open-source et les outils de prototypage et vous obtenez des légions de bidouilleurs de toute sorte qui ne se contentent pas de parler ou de faire des dessins. Ils réalisent directement des choses. Il faudrait cesser de parler de la génération Y telle qu’on en parle et regarder la tendance lourde au DIY qu’elle cache.
J’étais à ce titre fasciné et effrayé par les biopunks, ceux qui font des biotechs dans leur garage, mais il semble que ce soit innofensif. Ouf, sauf que ce ne sont qu’une secte parmi celles des légions de nerds en tout genre.
On n’a pas prêté attention, derrière le routeur anti-hadopi qu’il ne sortait pas d’une entreprise ou d’une organisation patentée, mais d’une initiative aussi spontanée que ponctuelle, et performante. Il suffisait de l’inventer. …

Inutile de dire que c’est avec une joie non dissimulée que j’ai reçu l’article de Chris Anderson intitulé In the Next Industrial Revolution, Atoms Are the New Bits. Oui, la nouvelle révolution industrielle est dans le réel, pas dans le digital.
Le digital a pris la main, inutile d’attendre un palier supplémentaire. La gestion de l’information, c’était bon pour le XXe siècle. La collaboration est un mot dépassé qui faisait dire à Howard Rheingold en 2006 qu’il était trop grossier et qu’il en fallait plusieurs. C’était il y a 4 ans. le XXIe est celui de la performance dans l’innovation. Apple en fait la démonstration à chaque sortie et personne n’arrive encore à suivre. Le logiciel libre a transformé l’essai depuis longtemps. Ce n’est pas un problème de technologie, mais de synthèse créative appliquée, de modèle social d’innovation (social=les gens).

Les outils n’ont pas d’idées, ce sont les gens qui s’en servent qui leur en donnent et qui fabriquent de la valeur. Actuellement, comme avec les technologies de l’information au début de ce siècle, ce sont les gens qui sont en train de trouver comment faire. La logique voudra que l’industrie observe d’abord cette émergence comme une menace. L’industrie culturelle est effectivement pionnière. J’espère pour ma part qu’il y aura des entrepreneurs visionnaires qui sauront voir le surcroît de valeur et de performance de ce changement. La relation entre la marque et le consommateur n’est qu’un paravent à bien plus qu’un peu de réputation …

La vie privée n'est pas ce que l'on croit

Jan 12 2010

Je vais encore une fois jouer les vieux cons, mais je trouve parfaitement superflue l’agitation actuelle autour de ce qui serait la fin de la vie privée.

Le sujet agite, notamment à cause des déclarations de Marc Zuckerberg. Le patron de Facebook se fait l’adepte d’un monde de la transparence, ou la vie privée ne serait pas la règle. Il a pris une tournure plus polémique, sous nos latitudes, quand, sur InternetActu, Jean-March Manach a publié son éclairant et stimulant billet sur les petits cons. En s’essayant à dresser le portrait de cette nouvelle génération qui s’approprie le réseaux et ses outils pour s’inventer un autre vivre ensemble en rupture de banc, il a secoué la poussière soixante-huitarde. Le manichéisme des commentaires laisse songeur et y révèle cette erreur régulièrement observée du jugement des choses en matière de société de l’information : appliquer la grille de lecture du monde d’avant l’internet sur celui de maintenant. Les petits n’ont pas été élevés comme les vieux, ils ont leur propre histoire. Et comme toute nouvelle génération développe sa différence, il n’y a aucune raison d’appliquer notre pensée à nous sur eux. Ils écrivent leur propre histoire.

Faut-il pour autant considérer que la vie privée est une notion bientôt du passé ? Je ne le crois pas et un peu d’histoire récente suffit à dégonfler la polémique à mon sens.

A la sortie de la bulle 1.0, au début de ce siècle, il faut se souvenir que l’on avait fait le pari que le public était fortement en attente de contrôle de ses données. Le postulat était celui des communautés fermés et du privatif roi.
Avec l’arrivée du web 2.0, cette vision a explosée en vol et tout le monde s’est trouvé décontenancé devant cette sorte d’exposition, de transparence apparente. Je me rappelle fort bien, autour de 2004, de vaste assemblées contrite, et de formules du genre “nous nous sommes tous plantés”. Déjà, il y a 5 ans, on glosait que le privatif n’avait pas sens et que les blogueurs annonçaient la transparence et l’exposition de soi sur le web.
Et puis, comme toujours en ce bas monde digital, les sociologues sont passés par là pour décortiquer après coup. On relira donc avec intérêt l’essai sur le design de la visibilité de Dominique Cardon, quelque chose qui explique que nous ne sommes pas un homo-numéricus, que nous projetons autant de facette de nous même à travers le prisme des profils sociaux que nous développons et qui ne sont pas tous reliés les uns aux autres. La vérité est que nous avons certaines facettes de nous-même qui sont privatives et d’autres pas. Qui souhaite s’exposer complètement à travers ce qu’il faut sur Meetic ? tout en ayant par ailleurs les photos du petit dernier accessibles sur son Facebook… Plus de la moitié des photos de FlickR sont dans des comptes privés. Et combien de DM sur Twitter ? de profils protégés ?
Nous n’avons pas d’approche unique, nous sommes multiple et apparemment contradictoires. Nous avons nos parts d’ombres, nos jardins secrets et en même temps faisons preuve de narcissisme sinon d’exhibitionnisme. Comme je le disais moi-même il y a deux ans, les  usages sociaux ne se résument pas à penser en terme d’identité numérique.

Et puis, il y a cette grande vérité qui est que les gens ne s’exposent pas à dessein. Comme l’avais très bien rappelé l’expérimentation SocioGeek, ce que les gens font c’est simplement développer du relationnel avec les gens qu’ils connaissent déjà autrement. Quand je publie des informations en mode public, je ne conçois pas fondamentalement une communication planétaire. Dans ma tête, je publie à destination de mes proches, éventuellement de mon réseau. Je cultive mon voisinage
C’est ce que l’on appelle la nature en clair-obscur du web. Oui, la donnée est publique, mais elle n’est pas en #1 dans le résultat de recherche, ni à la Une du quotidien du soir. Elle est visible à l’attention de mes relations, car c’est le propre des médias sociaux de permettre cette vue “en proximité”. C’est l’ex poule aux oeufs d’or qu’avait cru trouver MArc Suckerberg en son temps avec feu le social graph.
Ce n’est pas parce que les petits cons se lâchent qu’il savent ce qu’ils font. Ce n’est pas parce qu’ils sont à l’aise avec la technologie qu’ils lui donnent un sens. Ce n’est pas parce qu’ils sont apparemment impudiques qu’ils n’ont pas pour autant d’espace potentiellement privée. Ils jouent simplement avec le caractère clair-obscur du web et apprécient à sa juste proportion le risque d’une information publique noyée dans l’océan des flux du web.

Il est certain, par contre le web des données ramène Big Brother au stade de compte pour enfant et que c’est moins la notion de vie privée qui s’effondre, que l’apparition d’une génération qui passe de la protection à la gestion de l’exposition. Je me rappelle fort bien, dans les constats dressés à travers SocioGeek combien nous trouvions les photos d’apparente exhibition extrêmement bien maîtrisées. Les petits cons ne savent pas ce qu’ils font, mais ils connaissent les limites plus qu’on ne le pense. En tous les cas ils en ont et savent flirter avec. Jean-Marc a raison de pointer une forme de maîtrise de la personnalité publique. C’est quelque chose qu’ils ont en eux, et ils ne l’ont pas appris à l’école, ni de leurs parents. C’est sans doute ça qui nous perturbe.

Les apparences sont trompeuses. Comme en 2002, ce n’est pas parce que les gens ont l’air de se fiche de la vie privée, qu’ils n’appréhendent pas leurs usages en proximité, c’est-à-dire avec une certaine idée du degré d’exposition et de l’étanchéité plus ou moins forte entre leurs profils/facettes socio-numériques. Sachons appréhender les gens comme des êtres doués d’intelligences et autre chose que des boeufs.
Marc Zuckerberg se prend peut-être encore pour Dieu, il essaye peut-être de nous délivrer sa vision du monde. Il peut aussi se planter comme la première fois, et c’est bien ce que je pense pour ma part. Ou plutôt, je ne suis pas dupe. Dans la course à la domination intergalactique du web, la privacy lui pose un problème car elle bride la production de pages accessibles et indexables. Si les contenus restent enfermés de dans Facebook, dans cette sorte d’écosystème social privatif qu’il est, cela ne fabrique pas de surface publique gigantesque comme il voudrait peut-être que ce soit.
Pourtant, il faut de souvenir que MySpace, tout exposé qu’il soit, a plafonné car il n’était pas une proposition de micro-communauté , celle qui correspond à notre bonne vieille culture occidentale, celle qui a séduit la population des mères, notamment, celle qui a fait de Facebook un univers en croissance.
Finalement, je me demande si Marc Zuckerberg n’affiche pas un aveux d’impuissance. C’est bien un modèle centré sur la maîtrise du degré privatif du réseau de proches qui a permis le succès de Facebook. C’est bien ce qu’en ont fait les gens qui lui déplaît aujourd’hui. Ce n’est pas parce qu’il invoque le ciel pour que nous devenions tous exhibitionnistes que nous allons le devenir. Certes, nous échangeons nos données personnelles pour avoir tous ces magnifiques outils d’entretien de la proximité. Certes, la vie privée au sens de papa, c’est fini. Mais nous aimons aussi jouer avec des sphères séparées, c’est la base même du pouvoir en société. Todo : relire la sociologie des réseaux sociaux.

Tourisme : être ou ne pas être connecté

Dec 18 2009

Capture d’écran 2009-12-18 à 08.48.11En aparté des 5e rencontres du eTourisme institutionnel, superbement organisées par l’ARDESI Midi-Pyrénées, j’ai eu le plaisir de causer dans le poste, notamment sur la question du “gros” chantier à venir des acteurs en ce domaine.
Il se trouve que je n’ai pas fais que le dire devant la caméra, je l’ai aussi redis dans les différentes interventions que j’ai eu à faire lors d’un mois de novembre assez marqué par les prises de parole dans les rassemblements sur le tourisme. J’aimerai ici faire écho de la température terrain remontée à cette occasion…

Pour commencer, il s’est passé quelque chose de grand, lors de ces 5e rencontres. Le jury chargé de décerner le trophée du meilleur site a jugé qu’il n’y avait rien à décerner et qu’il valait mieux, dorénavant, s’intéresser aux stratégies plutôt qu’aux sites.
En voilà une idée qu’elle est bonne. Depuis 2004, on sait qu’il ne suffit plus d’être sur le web, mais d’en faire partie, il est donc de salubrité publique de cesser de se focaliser sur les sites web. Ils ne sont plus que des rampes de lancements, des points de transformation, ou les deux. Il y a maintenant des gens qui s’en passent. Nous avons nous-même des projets où il n’y a plus de fabrication de page web, ce qui n’empêche pas des dispositifs business très avancés.

C’est à Brive, lors d’un atelier sur le marketing 2.0 et l’e-tourisme, que j’ai entendu un hotellier abonder, et plus encore. Il disait qu’il observait ce que lui rapportaient des plateformes comme Booking d’une part, et le cost-of-sales qu’elles représentaient d’autre part. Il trouvait qu’il y avait là des solutions de réservation efficaces et bon marché, bien plus que celles de son propre réseau (sic) sans parler de celles des institutionnels. Il agréait au fait que son problème était bien de se connecter à ses clients là où ils sont, de susciter chez eux de l’UGC, bref de faire du community management.

Je maintiens, à qui veut l’entendre, que le web 2 est bien mort en 2007, quand les réseaux sociaux ont atteint un niveau de massification tel qu’il ne s’agissait plus de considérer cela comme de l’innovation, mais comme de l’outillage de base, au service de stratégies à réviser au regard de la configuration résultante de ladite massification. De nos jours, ne pas vouloir regarder cela, c’est tout simplement nier la réalité de faire grandir sa relation client. le résultat coule de source.

J’ai pu mesurer à quel point le grand dada du moment est l’expérience, vendre de l’expérience et plus des produits. Un produit est ce que l’on achète, une expérience est ce qu’il en reste. Eric Reiss disait : don’t tell me you’re great, be great. Je dirai : don’t tell me you’re great, make me be great ! Le voyage doit transformer les gens. On n’a qu’une vie.

Il y a quelques semaines, j’écoutais une interview de Joël Rebouchon. Il était un peu aigri. En plein dans la fin de la course aux étoiles des grands chefs, il expliquait que les clients ne voulaient plus aller à la messe (au grand restaurant), qu’il fallait recréer de la convivialité et que la cuisine était du partage, un “moment”. Qu’il voulait simplement proposer une salade, mais une salade dont on se souviendrait.
Le problème avec l’expérience, c’est que c’est un tout. Si une composante du voyage est mauvaise, cela impactera le tout, au détriment de tous. Et le problème avec ça, c’est que cela oblige à ce que toutes les parties prenantes se parlent. Or, il ne suffit pas que les hôteliers se parlent entre eux, ils faut surtout qu’ils parlent aux autres acteurs de la destination. Le rôle des acteurs institutionnels du tourisme n’est pas de faire des sites ou des bases de données, il est de faire en sorte que la destination vive, que ceux qui la font vivre se parlent.
C’est pour cela que je dis qu’il ne suffit pas de vouloir se connecter à ses clients, encore faut-il l’être soi-même, avec les acteurs qui font l’expérience que l’on veut vendre. Une destination est un tout. Une destination doit délivrer la promesse, de bout en bout.
C’est à Toulouse que l’on a vu que le problème n’était pas de vouloir copier le voisin, ou de lui piquer ses clients. Que le problème c’était d’une part de donner un sens à sa destination et, avant cela, de se rendre compte que celle-ci est plus vaste que les limites administratives, qu’elle est même multiple et connectée à celle des voisins. Ludovic Dublanchet appuie sur la nécessité de la coopétition entre acteurs du tourisme, dans le fait de créer du lien et de faire ressentir à ses clients la solidarité et l’attachement territorial qui en résulte. Le territoire est un bien commun, il ne faut pas le galvauder.

J’aime bien le concept de DMO (Destination Management Organisation). Il buzz bien dans le landerneau. Pourtant, c’est juste la transposition au tourisme du concept d’entreprise en réseau, une contribution au changement de modèle que cela implique, pour un changement déjà bien engagé ailleurs et outillé par les réseaux sociaux d’entreprises, une gamme d’outils à la maturité déjà bien avancée.
Les DMO sont la modernité, mais les DMO ne sont pas pour autant une friche ou un grand espace vierges. Feu l’enterprise 2.0 a défriché tout cela depuis un bon moment et démontré que les outils n’y sont qu’une conséquence, que la valeur ne provient que d’un changement de conception des choses, de stratégie.
Les DMO ne sont pas du registre de la caisse à outil. Elles sont d’abord une révision complète de la notion de destination. Elles appellent à une refondation complète du modèle organisationnel qui la fait exister.

Le tourisme institutionnel confronté au digital ne déroge pas de la problématique des marques en général. Il y a sans doute une intégration encore un peu plus forte en ce domaine, puisque le produit vendu est immatériel. Le problème, comme partout, c’est d’arrêter de regarder le digital comme des outils, et de prendre acte, d’une part que les consommateurs se sont massivement appropriés de nouvelles pratiques et ont changé, d’autre part que le marché s’est reconfiguré et que plus rien ne sera comme avant.
Bienvenue au XXIe siècle, à l’age des réseaux !

Du crowdsourcing

Dec 9 2009

Cela fait maintenant un sacré paquet d’années que, tous les jours que Dieu fait, ou presque, j’explique à des marques (au sens large) qu’elles doivent se connecter à leurs clients, intégrer le web social, faire partie du web plutôt qu’être dessus et tout ce genre de choses. J’y adjoint les chiffres, les cases et parmi ceux de jolis indicateurs qui montrent que ça marche. Genre voulez vous faire -6% ou +16% par exemple, ou gagner 6M$ avec Twitter comme Dell, entre autres choses additionnelles à ce qui est dit dans notre livre blanc sur le marketing de l’attention.

Tout cela est magnifique et force le respect de l’auditoire, mais ne se traduit pas nécessairement en projets stimulants. Même si on vous dit que tout ceci est évident et indispensable, il y a pleins de raisons et de réalités qui empêchent de le faire. La plus classique est l’enfermement du digital dans une case, généralement opérationnelle. Connecter ses clients ne s’enferme pas dans une direction lambda et demande une intégration pleine et entière de ce que cela signifie dans la stratégie d’entreprise et une vraie mise en réseau des acteurs. L’innovation se fait par synthèse créative, ou pas du tout. C’est, à titre d’exemple, ce qu’est en train de se rendre compte le tourisme institutionnel, avec qui j’ai partagé ces choses ces dernières semaines, et tâté du plafond de verre. Lire cet excellent témoignage de Jean-Luc Boulin sur eTourisme.info. Des choses que pleins de gens devraient méditer. C’est aussi par là qu’on en vient à réfléchir en terme d’expérience du consommateur et pas en terme de produit, histoire de considérer ledit consommateur comme autre chose qu’un porte-monnaie.

Et oui, le consommateur a un cerveau. Il est doué de la parole et maîtrise maintenance massivement cette chose étrange qu’est le web. Il y collabore avec ses congénères, lui. Et même si c’est de la discussions de sortie des poubelles, elles peuvent se révéler toutes aussi riches que les mêmes qui ont lieu à la machine à café, lieu archi-connu où se fait la collaboration en entreprise, la vraie (d’avant les réseaux sociaux d’entreprise, évidemment).

Il se trouve que (feu) le Web 2.0 a promu cette belle idée qu’est le crowdsourcing, l’approvisionnement par la foule en bon français (n langue de Molière, c’est fou comme c’est déjà plus explicite).
Je ne vais pas refaire ici toutes sortes de constructions intellectuelles, de constats pratiques sur le sujet, ou de quête de sens. Je ne vais pas non plus réexpliquer les principes de bases des modèles économiques en mode participatif. Cela fait bien longtemps que le crowdsourcing a modélisé l’exploitation de la participation, et pas seulement dans les médias. Le crowdsourcing n’a pas à être inventé, il existe. Sans faire de bruit, des Mecanical Turk ou Innocentive font le job. A voir aussi cet exemple de comment fabriquer des automobiles définies par les gens (merci Laurent).

Je vais juste constater ici que cette façon de faire génère beaucoup de doutes. Qu’il est difficile de concevoir que ce soit possible, à savoir que des gens puissent, spontanément, vous donner quelque chose : un avis, un retour d’expérience, des idées.

Et pourtant, mobiliser le client est en fait une vieille réalité, bien plus ancienne que le crowdsourcing, qui ne fait que permettre des approches plus vastes et plus industrielles.
Ceci est très bien expliqué dans cet épisode de la série de billets qu’InternetActu propose sur les Entretiens du nouveau monde industriel. Du self-service à la mobilisation du client, tout est très bien décrit sur la dimension bassement opérationnelle de la chose. Externaliser sur la foule, faire travailler le client, c’est ce qui coûte le moins cher, ce devrait être un fondamental et il ne devrait y avoir aucun problème à envisager l’évolution des modèles. Les Ikea sont pleins de gens qui se battent pour ensuite monter eux-même leurs meubles, moi le premier. C’est même un élément positivement traité de l’expérience de la marque !
Il est bon de dire, même si ça peut déranger, que connecter ses clients, les mettre en action, a des vertus bassement budgétaires et économiques. Ça peut même détruire des emplois diront certains. C’est peut-être même une autre forme de partage du temps de travail, ou un échange de valeur dans le fait que (théoriquement), le prix est plus bas parce que le client fait des efforts en contrepartie.
Ce que je pense quand même, c’est que se connecter à ses clients c’est aussi être en adéquation avec son marché. Quand tout va plus vite et que la nouveauté et le renouvellement (non, je ne parlerai pas d’innovation, il ne faut pas exagérer) nécessitent plus de vitesse, être connecté à ses clients c’est aussi rester dans la course, surtout quand les autres le font. A ce stade, je vous renvoie sur un ancien opus où je vous expliquait qu’il ne suffit pas simplement d’écouter ses clients. Encore faut-il au moins commencer par ça.

La question que je me pose maintenant est la suivante. Si, donc, cela n’a posé de problème à personne de faire travailler le client voire de l’associer aux processus de création de produit, pourquoi diable cela poserait-il un problème particulier à l’heure du web social, quand les clients en questions sont déjà motorisés ? Je crains que ce ne soit parce que c’est sur le terrain de jeu des clients que cela se passe …

Wikipédia, aux limites du 1% ?

Nov 25 2009

Personne ne me contredira dans le fait que nous sommes dans une période de transition, de celles qui font remonter à la surface des vérités qui déragent, sois-disant. Ainsi celle où l’on redécouvre la fameuse règle du 1%, celle qui veut que seul 1% des usagers produisent vraiment du contenu. Celle qui est aussi dans le fameux 1/10/100 : un producteur, dix critiques (commentaires, votes, taguing), cent lecteurs. Toutes sortes de choses connues depuis longtemps, j’exhume d’ailleurs à votre attention un billet de 2006.
1% c’est peu, ce qui fait dire à certain que cela pose un problème de légitimité et un problème tout court.
Dans une étude récente sur la participation politique IRL (dans le monde réel) des citoyens britanniques, les chercheurs ont également trouvé la règle du 1%. Comme quoi, il est fort probable que nous n’avons rien inventé.

1% n’est pas un problème, c’est un état et le 1/10/100 est une situation d’équilibre naturel. C’est un peu comme dans la nature, dans les ratios entre plantes, herbivores et prédateurs qui les mangent et qui constituent un équilibre naturel. Essayez d’augmentez le nombre de prédateurs et vous verrez…
1%, ça paraît petit, mais à l’échelle de grande masses, c’est beaucoup. 1% des usagers de Wikipedia ont produit 60% des articles, dès l’origine, jusqu’à aujourd’hui, mais ces 1% représente des dizaines de milliers de bénévoles.

1% c’est donc peu et beaucoup à la fois, mais à l’échelle d’une communauté, c’est fragile. Et comme dans la nature, cela n’est pas intangible et le remède n’est pas une évidence.
Il se trouve ainsi que Wikipedia semble perdre des contributeurs. Ses fondamentaux de croissance semblent se dérégler. Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel et les cathédrales (analogie d’idéal de projet récurrente à propos de Wikipédia) non plus.
Il y aurait apparemment un problème de renouvellement des contributeurs et de transformation de l’audience en contributions. Cela inquiète de savoir si cela signe un affaiblissement de la participation en soi. Je me demande pour ma part si, maintenant que Wikipedia semble arrivé, il ne manque pas un peu d’ambition et de régénération de l’idéal.

En tous les cas, les analogies avec les écosystèmes naturels viennent à l’esprit. Wikipedia est une matière vivante, un écosystème emblématique communauté de masse, mais un écosystème mal connu. Wikipédia serait-il une nouvelle terra incognita des anthropologues du XXIe siècle ? Je le pense.
tout ceci est passionnant. Il s’agit peut-être d’une simple fièvre, tout comme d’une dérive lié à la masse critique atteinte, une crise de maturité ? Le bon sens voudrait que cela soit normal. En tous les cas, observer quelles solutions de régulation vont être tentées et le résultat que cela va produire va être passionnant. La participation est une matière qui demande encore de la science, qui plus est quand on atteint le non-linéaire …

Mes nouveaux voisins sont sur Facebook

Nov 11 2009

Coup sur coup, le PEW nous a gratifié de deux livraisons magistrales. L’une sur Twitter et la mise à jour de statuts sur le web, l’autre sur les phénomène d’exclus sociale et le web.
Je trouverai génial qu’il y ait, en France, sinon en Europe, une sorte d’équivalent du PEW. Cela éviterai de se dire que ce sont des chiffres US et d’avoir des points de comparaison. Mais on se contentera de ça, sachant que, dans le fond, ces deux livraisons viennent corroborer ce que l’on sait déjà.

La lecture de l’étude sur l’usage des statuts en ligne montre que c’est un marché. Il touche un adulte américain sur deux et Twitter pèse 25% de celui-ci. Formé d’utilisateurs convertis aux médias sociaux, l’usage touche tout particulièrement les moins de 50 ans et ceux qui pratiquent l’internet mobile. L’enjeu de cet usage est massivement de maintenir le lien social. L’âge moyen est de 31 ans sur Twitter, de 33 sur Facebook, de 39 sur LinkedIn. Qui crois encore que les médias sociaux ne sont peuplés que d’adolescents ?
Celle sur l’exclusion vient démentir, encore une fois, le lieu commun qui voudrait que les fondus du web sont reclus chez eux et en isolement caractérisé. Dans sa synthèse de la livraison du PEW, Le Monde dit que cette étude contredit celle, “faisant autorité”, datant de 1985. Il n’échappera à personne que le web de masse n’était pas né, encore moins les réseaux socio-numériques ! Mais le constat que le web renforce le lien social était déjà établi depuis plus de dix ans. Parce qu’il développe les relations entre les gens, il stimule leur envie d’être ensemble. Les gens qui sont sur le web ont plus d’amis et plus d’opportunités de sortir.

A ce titre, le cas du voisinage est intéressant. C’est un fait, il ne se porte pas bien, à telle enseigne qu’on en vient à instaurer des journées et autres repas de quartier. Dans sa livraison, le PEW note que les internautes américains n’ont pas moins de relations avec leurs voisins que les autres, mais que les échanges qui ont lieu sur les médias sociaux ont tout, dans leur nature, de relations de voisinages.
A bien y réfléchir, cela me paraît tout à fait notable. Il est bien connu que les réseaux sociaux servent d’abord et avant tout à maintenir le lien avec des gens que l’on connaît déjà. Les jeunes tchattent sur MSN ou s’abreuvent de SMS à la sortie du collège. Leur mère fait pareil avec ses copines, par Facebook interposé, et tout le monde s’échange des tuyaux. Ce n’est pas parce que c’est fait avec des outils modernes que ce n’est pas du commérage et de la bidouille vieille comme le monde.

Grace aux médias sociaux, les gens ont des réseaux plus étendus et plus diversifiés qu’avant. Ils parlent peut-être moins avec leurs voisins, voire ne les connaissent pas, et cela ne date pas du web. Sauf que le web semble donc avoir permis de recréer une autre forme de voisinage, donnant la faculté de choisir ses “voisins” en quelque sorte.
On notera, pour ceux qui se seraient intéressés, des conclusions tout aussi passionnantes concernant le cercle familial, où le même type de phénomène se produit.
Sans faire de bruit, je crois pour ma part, qu’il y a derrière tout ça des modifications profondes de la société et qu’on n’a pas fini d’en reparler …

Et si Murdoch avait raison ?

Nov 10 2009

Hier, sans que l’on sache très bien la portée pratique de son propos, Ruppert Murdoch est allé au bout de sa logique, avec l’intention de déréférencer les articles payants de ses journaux. Cela aura le don d’en laisser plus d’un dubitatif. Google passait jusque là pour incontournable en apport de trafic, imaginer une seconde faire une croix sur l’affluence par le search étant, de l’avis général, un suicide économique pour toute activité en ligne. A cela, Murdoch renvoie cette sentence qui est qu’il vaut mieux moins de clients qui payent bien et régulièrement qu’une foule de prospects qui consomment de la bande passante.
J’ai eu l’occasion d’expliquer que le problème auquel était confronté la presse, et la vraie motivation de Murdoch, à mon sens, c’était la démonétisation du marché de l’information, un phénomène qui oblige à repenser complètement le périmètre du business et à réfléchir, avec une grille totalement nouvelle, sur ce qui fait la valeur des choses.

Regardons simplement les choses. Le digital pourrait n’être qu’un saut technologique permettant de diffuser l’information avec des coûts abaissés par rapport à l’économie du papier. Le digital démonétise fondamentalement car un journal en ligne coûte moins cher à produire pour le même rendement au lectorat. Pour autant, c’est une vue parfaitement théorique et qui nie la véritable nature des choses. Nous sommes en effet passés, d’un siècle à l’autre, de médias de masse à des masses de médias. Considérant la loi de l’offre et de la demande, l’information ne devrait plus valoir grand chose. C’est l’attention des gens qui est devenue rare. Leur problème peut alors se résumer à des choix de consommation de cette ressource dictée par deux facteurs : la nécessité et donc l’utilité d’une part, l’attente d’expériences donnant de la substance à l’instant d’autre part.

Une partie de la réponse se trouve dans l’excellent livre blanc d’Altics, qui a passé à la moulinette eye-tracking les accueils de plusieurs grands médias de presse en ligne français, et a surtout proposé une comparaison de la perception de la publicité entre support web et papier. Le résultat est éloquent.
Les supports web y apparaissent comme parfaitement utilitaristes. La pub y est vue comme un intru qui nuit à l’objectif productif individuel d’acquisition de l’info. L’oeil se fixe sur le texte et délaisse les images, rappelant que la lecture de texte est un mode de qualification de contenu très efficace. Quand on veut rapidement faire le tri, les images en disent trop ou pas assez et consomment inutilement de l’attention, et ne parlons même pas des vidéos.
Les entretiens révèlent un tout autre rapport au support papier. Il n’y apparait pas du tout comme utilitariste, mais clairement comme hédoniste. Le papier serait une expérience de gens qui transforment leur besoin d’information de celui de vivre un moment plaisant, s’autorisant même le luxe de la sérenpidité, et de voir la pub comme une distraction agréable.

Déroulons ce fil si vous le voulez bien. Ne regardons pas les choses du point de vue d’un média postulant un marché, une position ou une activité (la presse), plaçons-nous du côté du côté de ses clients et consommateurs. Nous voyons alors deux natures de besoin, avec une attente purement utilitaire, d’une part, et une autre qui pourrait relever d’une forme culturelle.
Il ne faut pas confondre le contenu et l’information. L’information répond à l’utilitarisme, le contenu renvoie au la culture et au plaisir. Le support est une proposition de valeur.

Cessons alors d’opposer le web au papier et regardons leurs vertus respectives. Dans mon précédent billet, je faisais le pari que le livre électronique ferait vendre des livres papiers, parce ce que sont justement deux propositions de valeur qui se répondent. Le livre électronique répond à un besoin d’accessibilité au livre. Le livre papier est une expérience qui n’appartient qu’à lui et qui a son sens et sa valeur propre. Les gens ne sont pas que des consommateurs. Ils ne font pas qu’acheter des produits. Le rôle des éditeurs, de presse, de livre ou de musique, n’est pas de vendre des produits, mais du pratique et du sens, séparément, ou ensemble.

Dans sa réaction à l’intention de Murdoch, Numérama faisait remarquer qu’il y a un titre de presse, en France, qui a un site non indexé : le Canard enchainé. Le Canard ne vend pas de l’information, il vend une expérience hebdomadaire exclusive de l’actualité politique, indépendamment de jouer un rôle bien particulier pour la sphère politique. Il n’a AUCUN intérêt à être en ligne, en effet.
Cet été, Frédéric Filloux développait l’idée que le web et le papier forment un excellent mix économique. C’est d’autant plus vrai que ce sont deux produits complémentaires, qui offrent deux propositions de valeur différentes au public. Le support web est un service d’information et on attend de lui à la fois l’acuité et l’esprit de synthèse. Le papier répond à une personne qui veut prendre son temps, approfondir, laisser aller sa curiosité. Vous noterez, ces derniers temps, à quel point la réussite de ces mixes est raffraîchissante. Il est intéressant de constater que le papier y forme une sorte de rendez-vous bien orchestré. Décidément, le bon vieux modèle du Canard mérite qu’on s’y arrête.

L’information en ligne est un marché de service. Si ce n’était pas le cas, les supports concernés ne seraient pas à faire de la course à l’armement des applications mobiles qui ne servent rien moins qu’à proposer de la productivité. Même s’il y a quelques tentatives à rendre ça plaisant, sinon à proposer, en goodies, quelques distractions, ça ne change rien à l’affaire.

Peut-être que Murdoch est simplement en train de nous dire que ses titres de presse répondent à une autre proposition de valeur que celle de l’info en continu. Que le Wall Street Journal (par exemple) est un support de haute notoriété qui propose du contenu de qualité pour des gens qui se donnent les moyens d’en apprécier la substance. Peux-être que Murdoch observe la démonétisation du marché de l’information et déplace son modèle vers un autre domaine de valeur. Peux-être qu’on lui fait un mauvais procès. Il n’y a en tous les cas pas de fatalité à ce que toute la presse et les médias de masse soient condamnés à être des robinets à info.
Reste à constater bientôt, alors, quel est le sens des versions web de ces journaux, affranchis du dictat de l’utilitarisme et du temps réel.

Elinor Ostrom, Nobel d’économie, défend le « knowledge as a commons »

Oct 30 2009

Je suis (Très) loin d’être une spécialiste de l’économie, mais un billet d’Hervé Le Crosnier du VECAM a attiré mon attention sur la récente prix nobel. Ce billet résume une petite partie de la théorie d’Elinor Ostrom et la perspective historique dans laquelle elle place les questions sur l’économie du numérique. Les Commons étaient, en Angleterre, ces terres gérées de façon coopérative au sein de communautés. A partir du XIIème siècle, elles furent encloses (les enclosures) au bénéfice de riches propriétaires et de la noblesse… Mais quel rapport avec le numérique ?

Eh bien là aussi comme dans bien d’autres domaines, deux approches sont à l’œuvre. L’une d’entre elles est que le réseau, l’information et la connaissance sont considérés comme des ressources, et donc susceptibles d’être soumises à de nouvelles enclosures (DRM, taxes, brevetages, HADOPI,…). L’autre approche, qui entre en conflit avec la première, c’est de considérer que, dans une période où la technologie permettra de numériser absolument tout, rendant les biens immatériels, bouleversant l’accès à l’info, les notions d’auteur et de propriété, les notions d’original et de copie, ainsi que les modes de production de la connaissance, celle-ci s’impose comme un bien commun. Et à bien commun, communauté ! Dans ce cas, l’information et la connaissance deviennent objets de négociation, de partage et de construction collaborative, dans un espace d’autoorganisation (Copyleft, licences CC, Wikipedia, librairies en ligne,…)… Et la gestion collective peut au travers d’arrangements institutionnels donner des résultats parfois optimaux. C’est ce que montre Elinor Ostrom dans son livre « Understanding Knowledge as a Commons » dirigé en collaboration avec Charlotte Hess…Et en lisant les avis de deux autres prix Nobel, Stiglitz et Krugman, on est ravis de voir que des économistes de premier plan ont pris la mesure des bouleversements en cours. Certes il n’y a pas de solution unique, et des modèles économiquement viables restent à inventer dans certains secteurs, mais beaucoup de décideurs qui se chargent de penser ces nouveaux modèles, devraient se pencher sur ces réflexions s’ils voulaient mieux comprendre les bouleversements apportés par le numérique. Sûrement à lire… pour réfléchir…(pas encore en français, mais ça ne saurait tarder). On peut aussi trouver un résumé des idées des auteur(e)s en 6 pages ici.

Un point trafic sur Myspace, Facebook et Twitter

Oct 13 2009

social media matchup

le site du Chicago Tribune publie en date du 7/10 les derniers chiffres du trafic sur trois medias sociaux. S’il ne s’agit pas vraiment de compter leurs « divisions » tant leurs usages ne se recouvrent pas vraiment, comme le rappelle Alexis, il est tout de même pas inintéressant de visualiser l’évolution de chacun d’eux. Parallèlement au tassement de Myspace, qui reste cependant très utilisé pour les artistes en général et par les musiciens en particulier qui ont un produit, au sens large du terme, à mettre en vitrine, il est à noter que ce sont les deux réseaux aux fonctions phatiques les plus intenses car les plus développées ou les plus facilement exerçables en temps réel, bien qu’à des modes et degrés divers, qui voient leur trafic augmenter très rapidement. Il faut être connecté…

La forte croissance quasi-continue du nombre de visiteurs mensuels uniques pour facebook a levé certains doutes exprimés ici ou là en 2007/2008 quant à son développement à la suite d’initiatives dont on se souvient. Facebook est donc devenue sans aucun doute la première plateforme (au moins en en nombre de visiteurs et sans distinguer les usages), et si j’en juge par mon entourage, attire de plus en plus les jeunes dès l’adolescence. Une étude de comScore montre d’ailleurs qu’aux UK les 15-24 ont tendance à se disperser beaucoup moins sur les autres réseaux et les délaissent au profit de Facebook. Notons au passage que cela va à l’encontre de l’idée communément admise selon laquelle les jeunes déserteraient les terrains occupés par les plus âgés.

Est confirmée aussi bien sûr l’éclosion pour ne pas dire l’explosion de Twitter devenu incontournable et de plus en plus investi par les compagnies au cours de cette année 2009. La croissance de son trafic dépendra pour une large part d’usages qui restent à imaginer et à développer aussi bien dans et autour de l’entreprise qu’au niveau personnel et qui pourraient permettre à Twitter de dépasser la réputation de source et de production d’infos qui lui est faite. Alexis parle très bien dans son billet des difficultés spécifiques liées à l’appropriation de Twitter, mais certaines pistes d’usages (pour mémoire ici et ) sont, parmi beaucoup d’autres, suffisamment séduisantes pour que des cerveaux (de tous âges) se mettent à phosphorer, ce que traduit l’effervescence dans les médias sociaux de la sphère francophone mise en évidence autour de Twitter qui bénéficie actuellement d’un attention rate très élevé…et à nouveaux usages, nouveaux usagers.

La vérité sur Twitter

Sep 10 2009

Or donc, Twitter n’est pas un réseau social. Ce n’est pas moi qui radote, c’est la sociologue et ethnographe Liz Pullen, qui a étudié le comportement des twitterers. Elle vient juste dire qu’il faut croire ce que le fondateur de Twitter lui-même avait dis : Twitter n’est pas un réseau social, mais un réseau de communication qui tisse des relations sociales.
Sur Twitter, on s’exprime surtout unilatéralement, à la face du monde. Le dialogue n’est qu’apparent. Twitter est avant tout un mégaphone. Ce qui serait bien maintenant que cette vérité est réaffirmée, c’est qu’on la considère avec sérieux, pour éviter, par exemple, de comparer ce qui n’a pas à l’être. Au hasard Facebook et Twitter.

Il faut lire et écouter Liz Pullen, ça redonne du sens au phénomène et à ce qui le nourrit. Ce qu’on y voit, c’est que Twitter ne fait rien, que ce sont ceux qui s’en servent qui font le boulot. Ce sont eux qui construisent toutes ces applications qui fabriquent du service. ce sont eux qui donnent du sens.

On s’est un peu perdu ces derniers temps à propos de Twitter et des jeunes.
Il faut laisser à ceux que ça intéresse les parts de marché et courbes de croissance. On y raisonne en vision monopolistique, à la Facebook OU Twitter, comparant l’incomparable et ignorant le fait que les gens ne cherchent pas un machin unique qui fasse tout. Twitter, combien de divisions ? la guerre froide c’était au siècle dernier les gars. Si vous voulez faire des analyses de marché, regardons ensemble celui de la part d’attention prise par Twitter vs la TV ou Facebook sur une cible donnée. Là ce serait intéressant. Si seulement 4% des français s’en servent, 28% connaissent la marque. Et si les politique ne savent pas s’en servir, cela ne veut pas pour autant dire que ça ne sert à rien.

Les jeunes ne sont pas vraiment sur Twitter ? et pourquoi pas ?

Ce que dit Liz Pullen, c’est qu’investir Twitter n’est pas du tout évident. C’est juste 140 caractères, mais c’est finalement très compliqué. Il est facile de suivre. Mais dès qu’il s’agit d’être actif, cela demande une réflexion importante alliant des buts et ce qui s’apparenterait à une stratégie et une tactique. Se positionner est important car sur Twitter, tout le monde est au même niveau et se différentie surtout par la constance à entretenir son personnage. Twitter n’est pas un réseau social où la structuration du profil et la mise en partage de contenus structure et historicise les choses. Sur Twitter, avoir une lecture d’un utilisateur ne va pas de soi. Elle ne se constitue que par un suivi régulier. Twitter demande des choix clairs et durables, de la discipline. Oui, les twitterrers sont des besogneux et méritent le respect.

Alors, Twitter trop compliqué pour les jeunes ? trop exigeant en terme de structuration de la démarche ? pourquoi ne pas le penser ?
Après tout ce n’est pas vraiment un problème. En 2006, Orange Labs avait montré comment les lycéens “changeaient de peau” après le BAC. Ils délaissaient les skyblogs pour des outils sociaux plus “adultes”. Ils changeaient de personnage.
Il n’y a aucune fatalité à ne pas être adapté aux jeunes quand on trouve sa légitimité à un certain stade de maturité. Certes, je dirai aussi que Facebook réussis à être présent de 13 à 77 ans. C’est là qu’il marque un point, à avoir réussi à pendre la position de la facette numérique pivot de toutes les autres. Il ne lui manque plus que le contrôle parental pour servir de bac à sable à l’apprentissage socio-numérique des ados. L’école n’est pas prête.

Et si Twitter sans les jeunes trouvait un sens plus mature, peut être même plus business ? cela expliquerai certains succès commerciaux, comme ceux de Dell, par exemple. Où le fait qu’il motorise très bien le suivi d’une audience qualifiée et monétisable par ailleurs…

Twitter n’est pas un réseau social. Mais qu’est-ce que c’est, alors ?

Le Monde a récemment consacré à l’objet une série de 5 articles éclairants. Cela commence par ce que l’on connaît le mieux, à savoir Twitter comme une canal branché en direct sur l’information brûlante. La chose capable de suivre pratiquement en direct et presque de l’intérieur les attentats de Bombay. Mais Twitter, ça permet aussi d’être branché sur gorille des montagnes, d’être personnellement informé que le chat vient de rentrer ou qu’il faut arroser les bégonias.

La vérité sur Twitter, c’est que c’est juste un outil qui permet de fabriquer un flux temps réel, de s’y connecter et d’interagir avec lui. À vous de le remplir du (des) sens que vous avez envie qu’il motorise. À vous de l’exploiter avec des buts et une stratégie. Les deux ne sont pas fournis dans la boîte. C’est à vous e les inventer.

Le web² , c'est de l'innovation en puissance

Sep 1 2009

C’est non sans une certaine excitation que j’ai reçu la proposition d’O'Reilly de passer à la puissance 2. Je suis personnellement convaincu que ce qui se passe, c’est le mix entre l’intelligence collective et les objets. Mais ça, vous le savez déjà, depuis que je me suis enflammé suite à Lift Marseille, en juin dernier, plus quelques illustrations qui ont suivies.
Je suis par contre un peu perplexe de ce que je lis ici où là. En même temps, c’est tellement fun de se repayer une tranche de chamailleries, comme au bon vieux temps du web 2.0, quand on s’étripait sur la signification exacte de ce mot-valise. C’est donc reparti avec le web². Ça sent le printemps.
On reprochera évidemment à O’Reilly que c’était facile d’élever le 2. Personnellement, je trouve qu’on est bien dans l’ouverture d’une autre dimension. C’est juste dommage pour ceux qui croient encore qu’il y aura un web 3. Comme je l’ai dis il y a longtemps, la suite du web 2.0, ce n’est pas le web 3.0, c’est changer le monde. Je parie sur le fait qu’on va finir par sortir du web, avec de la sémantique ou plus sûrement de l’ubiquité et de l’augmentation de réalité. En tous les cas, Adam Greenfield nous a prédit (à raison selon moi), la disparition des interfaces au profit des interactions. Quand on voit les nouvelles interfaces holographiques et haptiques, je ne sais pas bien où l’on est, mais ce n’est plus du web…
Ceux qui pensent au web 3 en considérant le web² ont tort. Ce qu’il y a d’important dans le web2, ce n’est pas le web, ce sont les objets. Et il est proprement agaçant de la faible considération qui en est faite. O’Reilly lui-même parle de beaucoup de choses dans son manifeste, mais il évoque assez peu les objets physiques, pour aborder toutes sortes d’exemples dématérialisés. Tout cela est très sympathiques, mais c’est juste la continuité naturelle du web 2.0, ou du web social, avec des interactions dans des sites web juste un peu plus riches, ou via des applications sur des téléphones qui ne sont rien moins que des interfaces, même si c’est fun et avec les doigts.
Ce qui m’excitait vraiment, avec le web² , ce sont les objets. Vous noterez que je ne parle volontairement pas de “l’internet des objets”. La vision de Bruce Sterling est déjà dépassée, il nous l’a lui-même dis à Lift Marseille. Que les objets “parlent”, c’est une chose, ce qui n’était pas prévu, c’est que ce soient les gens qui les fabriquent eux-mêmes.
Les choses sont pourtant simples : le web est plein de connaissance. C’est aussi une énorme caisse à outils collaborative et un moyen pour les gens de se rassembler et de lancer des initiatives. Si vous ajoutez à ça que nous sommes sur cette planète de plus en plus massivement suréduqués, que la technologie opensource est dans nos mains, y compris le hardware, y compris des printer-3D (qui de toute façon ne valent plus très chers), ne soyez pas surpris que les gens ne restent pas bêtement avec leurs idées quand ils peuvent les concrétiser eux-mêmes. On en est déjà là.
Le web² , ce n’est pas juste une nouvelle vague de services. Le web 2.0 était la démocratisation des médias. Le web² sera celui del’innovation et de la r&d, jusqu’au prototypage. Ne nous y trompons pas, ce n’est pas de crowdsourcing dont on parle, car les gens peuvent aussi entreprendre et pas simplement attendre qu’on fasse appel à eux.
Attention, mesdames les marques, les gens ont pleins d’idées et maintenant, ils peuvent aussi vous les vendre. Ils ont pour eux de savoir déjà quels usages ils comptent en faire. Et sait déjà qu’ils sont impatients.
Finalement, innovation², l’innovation par et avec les gens, aurait peut-être été pus judicieux, histoire de ne pas s’enfermer dans le web.

Twitter n'est pas un réseau social, c'est pour ça qu'on l'aime

Aug 11 2009

Alors que plus personne ne parle de Facebook, où presque, le seul service qui continue à susciter des discussions reste encore et toujours Twitter, avec un bon petit effet de balancier bien régulier entre les annonces de déchéance, et les portées aux nues. On n’en sortira jamais car Twitter n’ayant aucune proposition d’usages en lui-même, il en est le support d’une immensité. Il ne rentre pas dans les cases où on voudrait le mettre et son succès s’avère donc incompréhensible à beaucoup. D’autant plus quand sa puissance en viendrait à pousser le KGB à le faire taire. Une forme d’insolence …
Il y a quelques jours, Nielsen nous a appris que Twitter est un pétard mouillé.
Bel exemple de vision étriquée des médias sociaux et de jugement à l’emporte pièce…

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FriendFeed rentre dans le rang

Aug 11 2009

Il fut un temps, lorsqu’après les blogs, apparurent les premières plateformes sociales, on assistait pratiquement tous les trois mois au déplacement rapide et massif des early adopters, impulsant le buzz de la nouvelle place to be, vouant aux gémonies la précédente. Ce type de chose est parfaitement convenu, mais la fréquence et la rapidité du mouvement était, en l’espèce, particulièrement élevé. Et puis il y eu Facebook et Twitter et une stabilisation du phénomène depuis 2007 environ. On n’a plus assisté depuis à une grande migration et au buzz qui va avec et on s’en est tenu à compter les divisions, à disserter (moi le premier), sur les modèles économiques de ces deux là et à regarder monter les stats.
Aussi, c’est avec une certaine curiosité, que j’ai observé la soudaine poussée de fièvre de FriendFeed ces dernières semaines. Pourquoi donc tous ces nouveaux followers sur mon FriendFeed ? Passé le buzz américain sur son compte il y a bien deux ans maintenant, il ne sert, en ce qui me concerne, qu’à générer un unique flux RSS d’un certain nombre de publications personnelles, pour notamment faire remonter le tout dans Facebook. Ça marche tout seul et on l’oublie.
Bref, je ne sais pas ce qui a déclenché cette migration, mais j’ai bien noté que cette soudaine instabilité de l’environnement n’a pas eu le côté frais et mode d’antant, mais plutôt suscité agacement sinon vindicte à l’encontre de ce qui apparaîtrait comme un changement inapproprié des règles du jeux des médias sociaux. Je peux comprendre, en effet. La stabilité, c’est rassurant et le web social est déjà assez compliqué comme ça à expliquer et faire adopter.
Cela dit, fin de l’histoire hier. Facebook rachète FriendFeed. Nous voilà rassuré. De toute façon, comme vous l’aurez compris au regard de l’usage personnel que j’ai fini par avoir de ce service, j’ai envie de dire que c’est imparable.
Un instant donc, on a cru que quelque chose pouvait nous ramener dans la frénésie du web 2 et à un foisonnement en tous sens. Mais on, le web 2, c’est fini et la nouvelle éclosion ne pointe pas encore. Depuis deux ans, le web social est fait de services où l’on se compte en dizaine ou centaines de millions de gens. Les positions sont bien établies. Tellement que plus personne ne parle d’un rachat de Twitter, c’est dire…

Quand la maison twitte

Jul 22 2009

Dans la série l’innovation est partout et surtout chez les gens, savourez avec moi et avec ReadWriteWeb cette vidéo de la BBC, une de plus dans le torrent de l’internet des objets par les foules et ayez une pensée émue à ce bel et grand avenir industriel qui s’appelait la domotique il n’y a pas si longtemps.

UPDATE : et si vous cherchez le how-to, c’est par là.

Faire partie du monde

Jul 22 2009

Or donc, Hadopi nous laissera août en paix pour s’en aller mourir en septembre. Toute personne sensée est lucide a bien compris que ce texte ne résolvait strictement rien et ne laisse qu’un goût de cendres, tellement le débat est infécond sinon nuisible. Maintenant que l’internet est un droit et le web l’expression de la Liberté, il est de bon ton pour les pourfendeurs des usages numériques de leur dénigrer de la valeur. Des “égouts de la démocratie” de Denis Olivennes aux “caniveaux des pirates” de Frédéric Mitterrand, les français apprécieront le dénigrement de ce qu’ils placent en tête des enquêtes qui veulent savoir ce qu’ils préservent à tout prix en contexte de crise. Simplement parce que l’inclusion c’est rester connecté aux autres et au monde et que l’internet est ça.
Pourtant, les usages numériques que le texte prétend contraindre ne sont rien moins que des innovations, dans leur définition même : des inventions qui rencontrent leur public. Sauf que, contrairement à l’idée traditionnelle que l’on s’en fait, le mouvement ne provient pas d’une initiative économique ou politique, mais des consommateurs eux-mêmes. Il faut même dire que, à défaut que l’industrie culturelle ne se saisisse des inventions qui la concernaient, ses consommateurs l’ont fait. En fin de compte, le dénie porterait même sur la légitimité des gens à être eux-mêmes à l’initiative du progrès auxquels ils aspirent.
Nous n’avons peut-être pas assez mesuré que l’internet était bien plus que des intentions et du verbe. C’est aussi un moyen d’action, ce qu’a fort justement mis en lumière Seth Godin, en montrant que le web était un territoire de libération de la capacité de mouvement.
Quand on a dit, vers 2005, que l’internaute avait pris le pouvoir, on n’avait rien dit. La vérité, c’est que le “first mover advantage” n’est plus seulement dans les bureaux d’études et les directions marketing, il est partout. Dans une société de gens qui font des étude supérieures, avec un complet accès à la connaissance et de puissants moyens de collaboration accessibles, il y a tout ce qu’il faut pour ne pas se nourrir que d’intentions et barratiner. Just do it ! Et c’est bien ainsi que l’internet des objets se réalise sous nos yeux, non pas par l’industrie, mais par des fab-labs sortis de nulle part, où quand les petits malins qui avaient fait la blague du routeur Hadopi ne pensaient pas que quelques semaines plus tard il existerait.
L’industrie culturelle où les médias n’ont pas juste été pris de vitesse sur le terrain de l’innovation. En pointe avancée du changement de fonds de notre monde, ils viennent de découvrir que le monopole des idées était mort et que l’internet était le lieu des inventions et des propositions d’innovations. S’ils ne le dénigraient pas, ils découvriraient qu’avec humilité et fibre sociale, ils y seraient gagnant en vitesse et à bien peu de frais. Une prise de conscience que feraient bien de méditer toute industrie. Après tout, avec ce qui se passe avec les objets, tout domaine d’activité est confronté à cette réalité.
L’entreprise étendue ne se résume pas à connecter ses clients et fournisseurs. Il reste encore à appliquer vraiment la (vieille) leçon du web 2 qui est qu’il faut faire partie du web monde plutôt que d’être dessus.