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March 6, 2017

La nécessaire révolution du secteur bancaire.

Posted by Manuel Diaz

L’alternative est simplissime : les banques vont-elles perdre ou gagner ? Selon une étude McKinsey, celles qui sauront surfer sur la vague du numérique pourraient voir leur profit augmenter de 35 à 40 %.

Et, de 35 à 40 %, c’est aussi ce que peuvent perdre celles qui se laisseront distancer dans la transformation digitale. CQFD ! Oui, non seulement le numérique peut aider la banque, mais la banque peut également aider le numérique et en le faisant, elle s’aiderait même elle-même.

“Sky is the limit”

Les banques se partagent entre trois catégories : celles qui n’ont rien vu venir, celles qui ont tenté de construire des murs contre les déferlantes, celles enfin qui ont su identifier la vague comme une opportunité à réinventer leur métier.

Pour ces dernières, « Sky is the limit », selon l’expression consacrée. Il n’y a quasiment aucune limite à l’apport potentiel du numérique aux banques : relation et expérience client, nouveaux produits et services, nouvelles manières de valoriser des actifs rendus obsolètes par la digitalisation du business…. Encore faut-il qu’elles réussissent à s’imposer de véritables révolutions culturelles par rapport à leurs racines et leurs traditions.

La caractéristique la plus clivante du numérique par rapport au monde bancaire est l’appréhension de la notion de risque : alors que l’industrie du numérique vit du risque, la banque a peur d’en mourir. Mais il y a aussi la nécessité de comprendre que le « digital » impose de se mettre dans l’état d’esprit de servir plutôt que de se servir et que les acteurs se nourrissent mutuellement, alors que la culture bancaire traditionnelle a toujours été plutôt l’inverse.

Puisque réciprocité, confiance et partenariats sont au coeur des modèles économiques du numérique il faut se demander comment le secteur bancaire peut contribuer à la réussite d’un mouvement de fond dont il espère par ailleurs bien se servir.

Des banques déconnectées

Si la France est en train de devenir un véritable vivier pour les start-up, on ne le doit pas aux banques, qui ne savent pas investir dans le numérique, mais aux dispositifs publics et privés qui viennent contrebalancer la passivité du secteur bancaire, surtout à l’égard du petit entrepreneur du web qui cherche à se lancer avec un projet qui peut grandir ou même simplement comme freelance.

Les banques savent évaluer ou financer un bar ou une boulangerie, incuber tout et n’importe quoi, parfois même sans vision ou stratégie claire, accourir pour aider une licorne en puissance alors qu’elles n’ont pas voulu se mouiller à son démarrage.

Mais elles ne savent pas répondre aux besoins de ces métiers et activités de la nouvelle économie sur lesquels elles manquent, alors même que l’économie numérique va vers ses 20 ans et qu’elles ont donc eu le temps d’apprendre et de comprendre…

Le banquier, loin d’être « le meilleur ami de l’entrepreneur » comme le qualifiait l’économiste Joseph Schumpeter, manque depuis des années cruellement d’audace et échoue dans son rôle de financement de la création et du développement des entreprises du secteur numérique.

Demander à une banque de permettre à l’économie digitale de décoller et prospérer, de favoriser la transition de nombreux professionnels vers de nouvelles formes d’activité ne semble pas trop exigeant. C’est simplement lui demander de faire son travail.

Un fossé entre l’idée et la bonne exécution

La banque peut également aider le numérique tout en s’aidant elle-même, en partageant quelques actifs clé. Les banques ont des clients dans le numérique, des entrepreneurs qui parfois sont en recherche de bureaux pour leur entreprise ou simplement pour faire des rendez-vous clients en déplacement.

Dans le même temps, les banques ne savent pas quoi faire des mètres carrés d’agences qui vont soit disparaître, soit changer de configuration et, en tout hypothèse, avoir besoin de moins d’espace. Elles ont de la surface, leurs clients en cherchent… Nul besoin d’être un génie pour voir l’opportunité de développer de nouveaux services et recycler des actifs sous-utilisés.

De tels changements d’approches sont certes contre nature et il y a souvent un fossé entre l’idée et la bonne exécution. Une bonne approche serait, pour une banque, de nouer un partenariat avec un expert du secteur, comme le groupe hôtelier Marriott s’est allié à LiquidSpace pour trouver des débouchés à ses salles de réunion inutilisées. Une banque pourrait ainsi se rapprocher de WeWork, acteur dominant du Coworking qui prépare justement son arrivée en France.

Co-construire de nouveaux usages

Un autre excellent moyen pour les banques de se rendre vraiment utiles serait de créer le terreau fertile pour le « business » des autres. Le secteur de la digitalisation du point de vente a le vent en poupe, mais une de ses composantes essentielles, le paiement mobile, n’est pas encore suffisamment déployée.

Co-construire de nouveaux usages permettrait aux star-up de proposer de nouveaux services et aux banques de s’y associer et c’est ce qu’il se passe dans d’autres pays. Par exemple, Apple Pay, la solution de paiement mobile d’Apple, a été lancée en Angleterre durant l’été 2015 avec 14 banques partenaires.

En France, le lancement a eu lieu un an plus tard et on ne compte que 3 établissements partenaires. C’est trop peu pour  accompagner l’inéluctable transformation du point de vente.

De manière générale la banque prétend se positionner comme un partenaire des acteurs économiques alors qu’elle est loin d’avoir adopté les codes de l’économie d’aujourd’hui, notamment au regard des enjeux d’agilité et de vitesse.

Là encore, elle échoue à jouer son rôle de facilitateur alors même qu’elle serait la première à bénéficier de l’efficacité de ses clients et de la diminution de leurs coûts opérationnels.

La banque reste une administration : trop de papier, de bureaucratie, pas assez de dématérialisation, de signature électronique à l’inverse, par exemple des pays du nord. Quand on s’autoproclame partenaire on ne peut être le boulet qui ralentit tout.

 

Initialement publié sur Les Echos le 27/02/2017.

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