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April 20, 2010

Fin de cycle pour le web social

Posted by amo@emakina.fr

En 2005, Simon Waldam, du Guardian formula la phrase clé, selon moi, pour caractériser l’ère dans laquelle nous sommes rentrée vers 2002 et que nous avons d’abord appelé “web 2.0” : Nous ne pouvons plus nous contenter d’être présents sur la toile, nous devons en faire partie. C’est une formule qui est toujours hautement d’actualité et qui ne s’est d’ailleurs toujours pas transformée d’un point de vue des modèles et du business. Et pas seulement dans les médias …
Ce qui en tous les cas certains, c’est que, depuis cette époque, ce sont les gens qui courent devant et que c’est l’économie et la société (au sens politique), qui tente de s’adapter, quand elle ne résiste pas, quand elle n’entre pas stupidement en guerre avec ses clients ou citoyens.
Mais là n’est pas mon propos aujourd’hui, je veux simplement essayer de partager avec vous cette douce sensation d’un moment de bascule dans lequel nous sommes, me semble-t’il : la fin d’une époque, celle du web social …

Ceux qui me lisent savent que je fais partie ceux qui pensent que le web 2.0 est mort en 2007.

Qu’est-ce qui permet de juger de la fin d’un cycle ? Il faut simplement se souvenir que nous ne parlons que de cycles d’adoptions, dont le terme se caractérise par le plafonnement de l’adoption, ou maturité de marché pour le dire autrement.

Au lieu de “web 2.0”, parlons plutôt de Démocratisation des médias, cette première séquence où fut donné à tout un chacun la faculté de médiatiser. Les blogs, et le microbloguing, quand on l’appelait encore comme ça, furent en ce temps là les services emblématiques de cette séquence. Et, en 2007, se produisit un phénomène de plafonnement de la production des blogs. Cela ne veut pas dire qu’ils ne se sont pas renouvelés, et oh combien, qu’il n’y en a pas plus ou moins, mais que leur production globale est depuis stable.
Autre signe de plafonnement datant de la même époque, le constat que la proposition d’usages que représente le bloguing, quel qu’en soit la forme, a atteint grossièrement 15% de la population, ceux en situation et en désir de se médiatiser, c’est-à-dire d’avoir un projet de projection éditoriale régulière d’eux même. Un sport particulièrement exigeant au demeurant.

C’est aussi vers 2007 que l’on commença à adopter cette formule anglo-saxonne de “web social”, en profitant du sens trouble du mot “social”, la version francisée de “participatif”, plus juste de sens, s’usant un peu trop dans les joutes de la dernière présidentielle.
C’est quoi le web social ? Ce n’est donc plus de la démocratisation des médias, c’est la montée en puissance de sphères sociales, osons le mot, de sociétés, c’est-à-dire de masses de gens pratiquant des échanges et des relations sociales dans des environnements régulés (par eux ou par les codes inscrits dans le fonctionnement de la plateforme qui les motorise). On peut appeler ça des réseaux sociaux, ou des médias sociaux, suivant l’intérêt économique que l’on y voit, notamment au sens marketing, mais vu des gens, ce sont bien des sociétés. D’ailleurs, signe des temps, l’ethnologie retrouve une certaine jeunesse pour s’en aller nous donner à comprendre ce qui s’y passe.
A ce stade, il me semble utile de rappeler ici que
Twitter n’est pas un réseau social et qu’il s’inscrit dans autre chose, certes synchrone, mais différent. J’y reviendrai une autre fois.

Nous voici donc en 2010, entrée de fin de cycle du web social. Pourquoi ?

Ce billet me trottait dans la têtes depuis quelques jours et je rend ici grâce à Claude Malaison d’avoir pointé une fort à propos étude du Gartner. Que nous apprend-elle ? Rien que nous ne savions déjà, mais comme c’est mieux quand ce genre de grande maison le dit : les réseaux sociaux plafonnent, sauf un dominant par grande sphère culturelle. Pour l’occident, c’est Facebook.
Une réalité que le business sanctionne aussi. Preuve à l’appui l’annonce de Ning, la ferme la plus connue de réseaux sociaux, disant à ses utilisateurs : payez ou partez. C’est très clair, place à la recherche de la rentabilité, sinon du profit. C’est d’ailleurs trop tard d’y penser, cela fait un moment déjà que la consolidation est engagée dans le marché des réseaux sociaux.

Oui, on assiste bien à la fin de cycle du web social. Facebook continue de grandir, mais cela n’empêche pas que ce soit un phénomène de fin de partie, où le gagnant court pour le record du monde, pas pour gagner la course.

En conclusion de ce billet, il me semble important de donner un sens à ce moment.

Je l’ai déjà donné, en fait, lorsque j’ai parlé d’un 3ème âge de la démocratisation des médias, puis lorsque j’ai parlé d’un crépuscule des geeks (en tous les cas de leur domination).

Après deux séquences hautement marquées par l’impulsion des fondus et accessoirement connaissants de la technologie, place aux masses ignorantes, qui se fichent de la technique, mais qui s’en servent !
Steve Jobs et l’iPad viennent de montrer que l’informatique est un truc pour travailler et qu’il faut inventer un autre mot pour désigner ce sur quoi et par quelles modalités les masses vont dorénavant interagir d’un point de vue numérique. Je ne suis pas loin de penser que le marché de l’informatique individuelle est en train de vivre une putain de rupture, aussi disruptive peut-être que ne l’a été le baladeur mp3 pour la musique.
Il suffit de voir combien n’importe quelle information techno autrefois cantonnée au fond des forums et ignorée des médias dits traditionnels fait aujourd’hui la Une, figure en tous les cas en bonne place et avec très peu de décalage.

Le digital s’est massifié, il est banal, il s’exprime en tant que culture populaire. A telle enseigne que le geek est lui aussi un personnage banalisé, mais en même temps bien rangé dans sa case pour marquer sa singularité d’avec l’utilisateur lambda que l’on a un peu tendance à prendre pour le benêt qu’il n’est pas.

Exit donc le web social. Passons à autre chose, à l’échelle de la société dans son ensemble et de marchés de masse. Et maintenant me direz-vous ? Et bien en attendant de développer dans un nouveau billet, relisez celui-ci, qui éclaire pour une bonne part ce que je pense ….

  • Gastlag
  • Intéressant billet.

    Je crois que le web 2.0 a été la réponse des consommateurs/citoyens au Web 1.0 qui était une approche centrée entreprise. Et je crois qu’on arrive effectivement à une fin de cycle du social computing mais pour renaitre dans un “social computing 2.0”.

    La prochaine étape dans internet est l’assemblage de l’internet des objets (smart items), des réseaux intelligents (smart networks) et des smart data centers. Mais encore une fois ce n’est que pour mieux pousser plus de commerce et de publicités ciblées au consommateur final. (web 3.0?)

    La réaction des consommateurs sera donc de créer un social computing 2.0 (un web 4.0???). Celui ci sera basé sur l’utilisation des communautés plus organisées pour “filtrer”, “digérer”, et permettre une utilisation plus responsable de ce web 3.0. C’est aussi une manière de répondre à une globalisation angoissante. C’est effectivement une appropriation de masse qui changera les choses.

    Imaginez la création d’un “consu pedia” qui stockerait ce que l’on sait sur les marques, produits, services et qui par des avis simples guiderait le consom’acteur vis à vis de ses “valeurs” déclarées. Voilà un exemple de cette appropriation par les masses de ce web 4.0 qui probablement interviendra dans la prochaine décennie mais qui se prépare déjà.

    Henry

  • Nous sommes passés du web 2.0, au web social et nous entrons dans le web de masse, si j’ai bien compris, avec une continuité entre les trois.

    La question qui se discute est de savoir si la concentration qui s’opère sur le web social (qui continue sa progression, même si la plupart des plates-formes décrochent) décrit une fin de cycle ou pas. L’outil de consultation qu’est l’iPad qui annoncerait le crépuscule des geeks, est-il une tendance forte ? (en nombre de ventes, on est encore dans un épiphénomène me semble-t-il, même en nous projetant dans le temps). Peut-il y avoir un web de masse sans web social ? La multiplication des plates-formes sociales ne tenaient-elles pas des conséquences du web 2.0 plus que de l’avènement du web social ? Mais c’est pour ergotter ;-).

    • Alexis MONS

      Merci Hubert.

      Tu as bien compris, je crois, la légère ambiguité qui était dans le titre 😉

      “Web social” est devenu une lapalissade. A ce titre, j’avais déjà répondu dans un vieux billet maintenant en disant que l’après web 2.0 ne serait pas le web 3.0, mais “changer le monde”. Dans cette voie, j’anticipe la réponse à la question de la suite en postulant un “rien”, car je pense que le web va disparaître puisque nous serons connectés partout avec tout, non ?

  • Je crois que nous sommes dans un moment ou l\’on découvre de nouvelles possibilités de faire ensemble. Avec les nouveaux outils de collaboration instantanée, il est possible en temps réel de résoudre des problèmes en équipe de travail qui collabore à la vitesse de l\’esprit avec des langages et outils qui permettent de travailler en parallèle à une vitesse insoupçonnée. Que ce soit pour rapidement satisfaire les besoins des clients, des collaborateurs, des organisations, des défis de la nature..:)

  • Voilà une reflexion très intéressante que j’ai déjà lu ailleurs mais sous une autre forme. Les avis convergent pour dire que la masse va progressivement délaisser les ordinateurs où l’on produit du contenu pour passer de plus en plus de temps sur des terminaux de nouvelles génération (smartphone, touchbook, smartbook…) où l’on consomme du contenu. Nous allons donc mécaniquement revenir vers une configuration où une minorité va produire / relayer du contenu à destination d’une très grande majorité de consommateurs de contenus / recommendations. Donc oui c’est en quelque sorte la fin d’un cycle des médias sociaux.