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October 21, 2009

Le numérique pour faire aimer les livres

Posted by amo@emakina.fr

La crise a du bon. Elle oblige à repenser les choses, pour peu d’appliquer une grille de lecture renouvelée et en particulier de cesser de penser en segmentation de marché d’avant l’économie digitale. Celle-ci n’est pas une couche additionnelle de l’économie, ou un simple canal. C’est bien plus profond que ça.
J’ai déjà longuement développé le phénomène de démonétisation, qui amène des segments entiers à se contracter sinon potentiellement disparaître. Quand, samedi dernier, j’écoutais Rue des Entrepreneur aborder l’idée de décroissance, cela me faisait sourire. Voir un marché décroître est tout sauf une vue de l’esprit. La vraie question est de savoir comment on permet aux gens de maintenir sinon développer leur qualité de vie avec moins d’argent en circulation.
Dans la série “la peur du vide”, il n’y a pas que les médias, il y a aussi le livre. A l’heure où le Kindle arrive en France (avec un catalogue 100% anglophone ndr), je suis las de ces inévitables débats stériles opposant tel libraire, auteur ou éditeur à un militant ou entrepreneur du web, et qui s’enferme sur la questions stupide de savoir si le livre va mourir ou non. C’est une vision idiote. Le livre numérique n’est qu’une extension des moyens par lesquels nous pouvons lire et accéder aux contenus au sens large. Le livre numérique, c’est aussi une formidable opportunités pour inventer de nouveaux formats et usages individuels et collectifs de la littérature.

Le livre numérique, c’est surtout l’abaissement du coût d’accès au contenu, un excellent moyen, paradoxalement, de redonner de la valeur et du sens à l’objet technologique et patrimonial qu’est le livre classique, de le vendre plus cher pour cela. Imaginer que les gens vont, du jour au lendemain, arrêter d’acheter des livres est stupide.
Les lecteurs apprécient les qualités d’un livre papier, ils aiment le toucher et l’avoir dans leur bibliothèque, il aiment le prêter, ce qui est bien plus facile en vrai qu’avec un format digital sur n’importe quel plateforme. Au passage, à l’ère du web social qui ne dit rien moins que la grande envie des gens à être liés entre eux, il est étonnant qu’on néglige à ce point l’acte de prêter ou de donner. Notre esprit est pollué par une vision faussement individualiste.
Il suffit de tourner la tête et de regarder l’augmentation des ventes de vinyle, sur des générations qui ne l’ont jamais connu. Il suffit d’essayer de comprendre comment Nine Inch Nails peut être numéro un des ventes, avec des éditions physiques chères, alors qu’ils ont mis à disposition le même contenu sur leur site, qui plus est directement proposé un torrent en P2P gratuit.

Les formats digitaux ne sont pas substituants des formes physiques des mêmes contenus. Ce ne sont pas les mêmes produits parce qu’ils ne participent pas des mêmes usages. Faut-il que l’édition se soit à ce point enfermé dans un modèle marketing et distribution pour penser le livre comme un produit industriel banal, alors que c’est un bien sensible ?

Dans un de ces fameux débats stériles que j’évoquais plus haut, en l’occurrence sur France Info semaine dernière, il y a cependant eu un jet de lumière.
Alors qu’ils discutaient des feuilletons littéraires sur mobile, le libraire de service a parlé de sa belle devanture et de ces gens qui passaient devant, le nez dans leur mobile, et qui ne la voyaient donc plus.
Arrêt sur image : il venait de formuler une parfaite illustration de l’économie de l’attention dans laquelle nous sommes et de l’erreur de rester avec la grille de lecture d’avant. Oui, cher libraire, comme bien des annonceurs, vous êtes en train de vous rendre compte qu’exposer la marchandise ne suffit plus, vous allez bientôt comprendre que l’attention de vos clients est concurrencés par bien d’autres gens que seulement d’autres libraires, y compris en ligne. Vous allez bientôt comprendre que le livre électronique est aussi un moyen de reconnecter l’attention de ces passants inattentifs, que votre librairie est un terrain de jeu de lecteurs de livres et que ce que vous avez bien plus à leur proposer et à leur vendre que simplement des livres.

  • Merci pour ce billet, c’est exactement comme ça que je vois l’avenir des librairies aussi !

    Il n’y a pas de menaces “insurmontables” pour le livre physique, et un marché est prêt pour le livre numérique : plutot que de créer de multiples librairies online numérique, c’est la boutique, la librairie en tant qu’espace qu’il faut repenser, de même que ses services..!

    Je prépare justement depuis cet été un projet pour mettre en place ( à Rennes pour commencer ) une librairie “hybride”, centrée sur l’usager et ses différentes approches du web et de la lecture 🙂

    En tout cas, c’est rassurant de voir que ces idées perçent un peu partout, ça veut dire que nous sommes sur la bonne innovation !

  • mclerc

    Ce que j’apprécie surtout sur le net, à propos de bouquins, c’est de pouvoir “feuilleter” un livre ! Savoir ainsi “ce qu’il vaut” en réalité, bien loin des hyperboles journalistiques : passe-moi la moutarde ; je te passerai le séné.” Et puis, bien sûr (quand le site fonctionnera !) j’irai sur http://www.edenlivres.fr acheter, en epub, le dernier Medicis… quand la T.V.A. sera à 5%… ce qui n’est pour demain la veille. En attendant, je vais sur PriceMinister acheter, pour quelques euros, le bouquin que je désire… (soupire) parce que, moi, je préfèrerais le lire sur mon Sony reader… c’est tellement plus facile ! Actuellement, tout Pascal tient sur lui et, donc, dans ma poche !