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July 22, 2009

Faire partie du monde

Posted by amo@emakina.fr

Or donc, Hadopi nous laissera août en paix pour s’en aller mourir en septembre. Toute personne sensée est lucide a bien compris que ce texte ne résolvait strictement rien et ne laisse qu’un goût de cendres, tellement le débat est infécond sinon nuisible. Maintenant que l’internet est un droit et le web l’expression de la Liberté, il est de bon ton pour les pourfendeurs des usages numériques de leur dénigrer de la valeur. Des “égouts de la démocratie” de Denis Olivennes aux “caniveaux des pirates” de Frédéric Mitterrand, les français apprécieront le dénigrement de ce qu’ils placent en tête des enquêtes qui veulent savoir ce qu’ils préservent à tout prix en contexte de crise. Simplement parce que l’inclusion c’est rester connecté aux autres et au monde et que l’internet est ça.
Pourtant, les usages numériques que le texte prétend contraindre ne sont rien moins que des innovations, dans leur définition même : des inventions qui rencontrent leur public. Sauf que, contrairement à l’idée traditionnelle que l’on s’en fait, le mouvement ne provient pas d’une initiative économique ou politique, mais des consommateurs eux-mêmes. Il faut même dire que, à défaut que l’industrie culturelle ne se saisisse des inventions qui la concernaient, ses consommateurs l’ont fait. En fin de compte, le dénie porterait même sur la légitimité des gens à être eux-mêmes à l’initiative du progrès auxquels ils aspirent.
Nous n’avons peut-être pas assez mesuré que l’internet était bien plus que des intentions et du verbe. C’est aussi un moyen d’action, ce qu’a fort justement mis en lumière Seth Godin, en montrant que le web était un territoire de libération de la capacité de mouvement.
Quand on a dit, vers 2005, que l’internaute avait pris le pouvoir, on n’avait rien dit. La vérité, c’est que le “first mover advantage” n’est plus seulement dans les bureaux d’études et les directions marketing, il est partout. Dans une société de gens qui font des étude supérieures, avec un complet accès à la connaissance et de puissants moyens de collaboration accessibles, il y a tout ce qu’il faut pour ne pas se nourrir que d’intentions et barratiner. Just do it ! Et c’est bien ainsi que l’internet des objets se réalise sous nos yeux, non pas par l’industrie, mais par des fab-labs sortis de nulle part, où quand les petits malins qui avaient fait la blague du routeur Hadopi ne pensaient pas que quelques semaines plus tard il existerait.
L’industrie culturelle où les médias n’ont pas juste été pris de vitesse sur le terrain de l’innovation. En pointe avancée du changement de fonds de notre monde, ils viennent de découvrir que le monopole des idées était mort et que l’internet était le lieu des inventions et des propositions d’innovations. S’ils ne le dénigraient pas, ils découvriraient qu’avec humilité et fibre sociale, ils y seraient gagnant en vitesse et à bien peu de frais. Une prise de conscience que feraient bien de méditer toute industrie. Après tout, avec ce qui se passe avec les objets, tout domaine d’activité est confronté à cette réalité.
L’entreprise étendue ne se résume pas à connecter ses clients et fournisseurs. Il reste encore à appliquer vraiment la (vieille) leçon du web 2 qui est qu’il faut faire partie du web monde plutôt que d’être dessus.

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