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May 31, 2009

Autant en emporte Google Wave

Posted by amo@emakina.fr

wavelogo.pngGoogle a donc pré-annoncé Google Wave, un nouveau joujou que personne n’attendait, sur l’idée simple de réinventer l’email à l’aune de ce que le web a inventé en terme de communications. Cette annonce a suscité cette semaine un torrent de commentaires plus ou moins enflammés, sur l’air de la révolution, d’un “nouveau web”, de la rupture, que sais-je encore. C’est clairement le signe qu’on a besoin de neuf, mais ce n’est pas une raison pour perdre la raison. Au-delà des geekeries et sans nier que c’est fort sympathique, Google Wave n’est qu’un outil. Pour être précis, c’est même une preview et on n’y goûtera pas en vrai avant une année et certainement pas sous cette forme. Ce que cherchais à faire Google, c’est de susciter l’intérêt des développeurs sur ce concept. Il a parfaitement réussis. Bravo donc.


La principale question que je me suis posé en regardant la vidéo sur Wave, c’est le fait que tout tournait sur le carnet d’adresse et que celui-ci intégrait très clairement une forte connectivité des authentifications et données de comptes. On a un peu oublié OpenSocial, mais on voit bien, finalement, ce que ça pourrait donner. Si Wave suscite autant de buzz, c’est parce qu’il brosse dans le sens du poil la frange des utilisateurs sur-outillés, qui voient en lui un moyen de fédérer des choses, de gagner en efficacité et connectivité. Un moyen aussi, dans un sens très Geek, de sortir de la masse. Cela faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu de nouveau moyen pour créer un nouveau déplacement d’early-adopters.
Ce que propose Wave, c’est surtout de passer de la correspondance à la conversation. Il est frappant de constater à quel point Wave vient résonner avec l’idée très en vogue de Realtime Web. Cette course à la discussion temps-réel, au flux, a déjà signé la controversée refonte récente de la home de Facebook, elle a en son centre le succès de Twitter. D’ailleurs, l’annonce de Wave fait évidemment penser au rachat du gazouilleur en chef par Google, justement.
L’email n’était qu’une transposition d’un modèle non-internet, un outil utilisé à tort et à travers, improductif et source primaire d’infobésité. Tout le monde trouvera donc génial de passer à autre chose.
Mais Wave ne fait pas que proposer d’enterrer l’email, il se propose comme outil unifié de dialogue online. De l’asynchrone le plus complet, jusqu’au temps-réel, jusqu’à ce que l’on voit l’autre saisir en direct. À titre personnel, je m’interroge. La force du net, la source même de son développement, est toujours venu de la multiplicité des modalités d’échanges et de la faculté donné aux utilisateurs de leur donner un sens unique ou combiné correspondant à leurs buts. Le genre de choses qui se passe déjà, qui est distribué dans différents outils (et donc fenêtres), nous obligeant à être multitaches et développer, comme il semblerait, cette capacité des jeunes à suivre jusqu’à 34 discussions ou histoires simultanément.
Avec Wave, Google propose un modèle unifié et cultive la mythologie de l’outil pour les gouverner tous. La force de l’IM ou de Twitter, c’est que c’est simple, que tout le monde comprend en deux minutes et adresse aussi rapidement un besoin et un but. À ce stade, me laisse l’impression de ces supers jouets de Noël, sur lesquels les enfants se jettent avec excitation, mais qu’il délaissent rapidement car ils ne sont pas assez instrumentalisables et conjugables avec d’autres.
Certains s’inquiètent déjà de l’inpact sur la manière dont nous échangeons. C’est vrai qu’il y a de la “fin de la correspondance” dans Wave, même si je pense que le protocole fait qu’il restera toujours un reste de ce bon vieux mail pour faire comme le disent les jeunes, ne l’utiliser que quand on doit émettre quelque chose de sérieux, avec les formes donc. Je comprend ceux qui sont terrifiés par la révolution en marche dans le domaine de l’écrit, mais Wave ne fait que suivre la vague en ce domaine, avec cela dit l’idée d’associer des robots à la discussion (quelque chose qui me plaît beaucoup au passage).
Ce qui plait beaucoup, aussi, avec Wave, c’est la faculté d’initier des conversations en sélectionnant les gens de son carnet d’adresse. C’est le genre de choses que pour ma part je vis déjà, en entreprise, avec BlueKiwi, qui propose déjà un modèle où l’on crée des “discussions privées”, c’est-à-dire pas disposnibles dans une communauté, mais partagées avec une sélection de gens. BlueKiwi fait du social software et applique ça à l’entreprise, où la disponibilité du réseau social de collaborateurs et partenaires est structurant, sinon donne beaucoup de sens à ce jeu. Et le fait est que c’est top.
Mais l’entreprise n’est pas le web et j’ai un peu de mal avec Wave en instrument grand public. En effet, il est bien démontré maintenant, qu’en temps qu’individu, nous agissons dans des sphères que nous aimons parfois (et souvent) bien délimiter. On ne mélange pas ce que l’on fait sur Meetic et son site de famille Hellotipi. Francis Pisani dit que la faculté à restreindre la discussion est ce qu’on attendrait de Facebook ou Twitter, mais c’est typiquement un avis de professionnel de l’information. Le public n’est pas en recherche de ce niveau de productivité et, accessoirement, le modèle du réseau social ainsi développé est celui de la médiatisation et n’a aucun intérêt à faire en sorte que ses utilisateurs ne créent pas de sérenpidité entre eux.
Wave a été présenté comme un outil, un successeur du mail, mais tout le monde ou presque l’a surtout vu comme réseau social. Il faudra un jour être au clair de savoir ce que l’on appelle ainsi. Pour moi, ce n’est pas juste des gens en réseaux, c’est aussi un environnement qui a un ou des sens en lui-même. Que ce soit un contenu (la photo avec FlickR) ou un modèle de société (MySpace ou facebook) avec des codes et des règles. Wave n’a rien de tout ça, il n’y a pas d’environnement commun où “on se retrouve”. De ce point de vue, Wave est clairement dans la lignée de Twitter, celui des réseaux interpersonnels purs et durs. Sauf que Twitter inscrit le post dans un grand flux globalisé et que Wave nous pousse à des échanges interpersonnels. Ce que nous voyons de Wave, ce n’est pas du réseau social, c’est même le contraire.
Avec tout ça, je me constate à raisonner comme si Wave allait tout balayer, au moins tout dominer. Wave peut sera peut-être simplement qu’un outil, mais c’est fou comme on est à la fois excité et un peu effrayé par les annonces de l’ogre du web. Il reste une année, en gros, avant qu’il ne soit vraiment lancé. Une année pour spéculer sur sa faculté à être compris des utilisateurs. Wave ne réussira que s’il permet aux gens de le comprendre et de lui donner un sens. Deux choses qui vont mal avec des modèles compliqués, des fonctionnalités demandant beaucoup d’heures de vol ou une approche fermée. Wave fait le pari que nous avons un usage mature et conceptualisé du net pour en apprécié les gains. Ce pari vaut bien pour les geeks. Mais les autres sont-ils prêts à ça ?

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