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April 24, 2009

Leçon d'économie écosystémique

Posted by amo@emakina.fr

De manière opportunément synchrone avec la bonne tenue de ses résultats, Apple a donc annoncé le milliard d’applications téléchargées sur l’iPhone. En seulement neuf mois. Il y avait 500 applications au lancement, aujourd’hui 35 000. En neuf mois donc. On peut en installer jusqu’à 148. Personnellement, j’en ai 69. Pendant de cette réussite et métrique encore plus signifiant, si l’iPhone ne pèse “que” 11% du marché des SmartPhones, il représentait déjà, le mois dernier, 50% du trafic mobile aux USA et 33% à l’échelle mondiale. iphoneBil.png


Toute la puissance du modèle est ici résumée. L’iPhone n’est pas un téléphone, c’est une Economie, qui profite aux opérateurs et à la profusion d’éditeurs qui ont fabriqués ce quart de millions d’applications pour tout et rien. Des applications qui n’ont pas coûté grand chose, qui plus est compte tenu de la vitesse à laquelle le catalogue s’est constitué. Des applications qui consomment du trafic au profit des opérateurs, de l’attention et du trafic aux éditeurs gratuits, du revenu aux éditeurs payants. Les applications iPhone ne sont pas très coûteuses, le coût à l’entrée est tellement faible qu’il en est inexistant. La valeur d’usage de quelque chose proche d’un café au comptoir est sans rapport. On est dans une économie de flux et de petites sommes.
Firefox a aussi son milliard de téléchargement de plug-in. Salesforces avait lancé la mode des écosystème, un modèle repris avec succès par Facebook, même si je ne comprend toujours pas pourquoi il n’en tire aucune monétisation. De fait, le milliard d’Apple, et surtout la rapidité dans l’atteinte de ce résultat, est bien une leçon d’économie moderne, avec rapidité de constitution d’une offre variée et surtout un modèle sous forme de marché, comme ceux de Google ou d’Amazon.
Sur le fond, le vrai changement, l’essence même de l’économie de la connaissance, c’est de voir la constitution de marchés organisés par et autour d’un opérateur centre. C’est le cas de Google, qui organise l’information pour fabriquer du flux rémunérateur, d’Amazon qui organise l’univers de la culture en motorisant et collectant des revenus sur les échanges, d’eBay dans son domaine, où donc d’Apple, qui ne vend pas un téléphone ou un ordinateur de poche, mais un univers entier de services.
Il est frappant de voir le monde des média couiner de l’asservissement qu’ils perçoivent de la part de Google, sans que presque personne ne pressente ce qu’annonce la v3.0 de l’iPhone. Et aucun libraire ne s’est plaint, que je sache, de ce que fait Amazon sur le livre par exemple. Les débats sur le Kindle et le libre électronique sont sans rapport avec la vague qui se présente.
Apple l’avait fait avec la musique, mais a été encore plus vite sur le mobile en crowdsourcing du développement applicatif. Il s’apprête à étendre le jeu sur la distribution des contenus. iTunes va finir par être une sorte de minitel 3.0, la plateforme à tout faire, passage obligé de tout producteur.
La nouvelle économie, ce n’est pas lancer des produits ou des services, c’est créer de écosystèmes économiques tout court, c’est fixer les règles du jeu d’un environnement. Cela demande de la légitimité, du poids et une stratégie produisant de la variété et de la vitesse à agréger l’ensemble des acteurs autour du modèle proposé. Ça s’appelle rien moins que de la distribution, mais à l’ère numérique, c’est beaucoup plus intégré et sociétal.

  • Boris

    Bop cette histoire d’écosystème me semble une métaphore bien exagérée et le mot ‘légitimité’ dès plus abusif.
    L’AVANTAGE d’Apple c’est le ‘HARD’. Le iphone c’est d’abord du hardware: à son lancement il était sur le plan matériel (désign, capacités…) supérieur à tous les autres produits (premier point indiscutable non ?).
    Ensuite ils ont verrouillé le software pour avoir un contrôle total sur la distribution d’applications (comme il l’avait fait pour la musique d’ailleurs).
    Sans parler d’éventuels problèmes éthiques, ce modèle pose tout de même une difficulté évidente sur le long terme: ils ont l’obligation de garder une longueur d’avance sur le ‘hard’ c’est leur seul levier en fait puisque fondateur chez eux.
    La politique de Google est très différente concernant les mobiles. Eux (ils n’ont pas le choix) il parie sur le software de bas niveau: l’OS et si ça prend c’est beaucoup plus malin car pérènisable (cf Microsoft). Même pour le contenu bien que l’on puisse constater certaines similitudes, chez Google on devrait plus parler de DIFFUSION là ou tu as employé à juste titre le terme DISTRIBUTION pour Apple. Il y a une volonté d’ouverture à l’inverse d’Apple, cela constitue des choix stratégiques et des implications économiques très différentes. Google est en mesure de rendre les fabricants dépendant de son système si ‘la sauce prend’. Cela leur permet de garder leur modèle économique actuel et de mettre à profit leur acquis applicatifs (gmail, calendar…). Pour Google on pourra peut être parler d’écosystème (un réseau d’interdépendances permettant le maintien et le développement de la vie) puisqu’il n’y aura aucune dépendance au niveau ‘hard’. Tu pourras passer d’un portable à un autre voir plus et retrouver l’ensemble et l’intégrité de tes données. C’est tout de même bien plus malin quoi que très ambitieux sans parler qu’ils partent avec une bonne longueur de retard (mais souvient toi de La Fontaine !). Sur du long terme le modèle de google s’affranchit totalement du hard c’est tout de même beaucoup plus ambitieux. Mais s’affranchir du matériel est indispensable puisque l’enjeu au final c’est permettre à chacun de controler son identité numérique quel qu’en soit le matériel. Apple c’est beau mais c’est de l’économie à l’ancienne (si si je t’assure… ça reste de la bonne vieille méthode) Google c’est plus innovant, ça prend des risque… ça nous ferrait presque rêver… Le Match va être un régal ! (Pour amazon, selon moi il n’y a pas grand rapport puisque c’est essentiellement le quantitatif qui fait la différence, il n’y a aucun effet d’éparpillement chez eux, cela reste très centralisé…. non je n’ai pas dit que Apple était le libéral, Amazon le coco et Google l’anarcho prêt à tout! non je ne l’ai pas dit).