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February 20, 2008

Soutenir l'innovation c'est bien, la diffuser c'est meilleur pour l'économie

Posted by amo@emakina.fr

En quête du fameux point de croissance et à l’heure d’un coup de mou macro-économique, c’est un peu comme si, du fond de son tiroir, le rapport Attali avait au moins réussi à stimuler le débat sur l’économie française. L’idée jusqu’à présent à l’oeuvre, est celle qui consistait à jalouser l’économie allemande car elle éclaire notre déficit commercial. L’herbe paraît plus verte dans le champ du voisin, mais elle nous renvoie aussi l’image d’une France industrielle dont les médias nous ressassent la disparition programmée à coup de délocalisations et restructurations de groupes planétaires.
C’est finalement en arrêtant de penser en économie du siècle dernier que l’on entrevoit de la lumière. Il se dit des choses nouvelles, en effet, du moins les écoute-t’on avec plus d’attention. Elles nous parlent de nouveaux modèles et apportent un peu de consistance à une Economie de la connaissance qui, en bon mot-valise qu’il est, se contentait d’une vision un peu statique, celle de trouver de la valeur patrimoniale à des biens immatériels. Du mouvement ? il était temps !


Tout observateur ou pratiquant du web moderne sait bien que la valeur n’est pas dans la propriété, mais dans l’usage, dans l’application de cette économie du désir que nos philosophes avaient anticipé il y a déjà des décennies. Sauf qu’entretemps, ladite mise en application a plutôt été réussie ailleurs, illustrant la maxime qui veut que nous, français, avons de bonnes idées, mais qu’on sait mal les transformer.
Ainsi, cette relecture de l’histoire récente est bien formulée chez Denis Ettighoffer. Et lui de tonner contre la politique d’endiguement à l’oeuvre, dont nous aurons le clou avec la proposition faite à l’Europe d’allongement du délai de protection des oeuvres (notamment afin de sauvegarder la rente de Johnny – c’est caricatural, mais tellement éclairant).
Tout ça c’est très bien, mais Denis Ettighoffer prend en quelque sorte acte que nous avons raté le train pour proposer que nous tirions parti de ce qu’il reste de notre rang culturel doublé à un certain savoir-faire créatif, et de la capacité de notre pays à attirer des capitaux, pour y faire venir moins des usines que des laboratoires, des centres de r&d et autres lieux d’intelligence. À défaut d’être dans le timing pour créer les champions de l’économie de la connaissance, accueillons-les ! Admettons, mais considérons aussi que cette idée ne se résumera pas à une politique fiscale attractive …
Pendant ce temps, Alexandre Delaigue, cet économiste blogueur qui a l’art de bousculer nos points d’appuis en changeant la perspective, met le doigt sur quelque chose d’important. Il s’est fait remarquer en défendant l’idée que le commerce extérieur n’est qu’un indicateur parcellaire et que la vraie question c’est celle du modèle de développement. Lui aussi constate notre capacité à faire venir des capitaux. Mais il parle surtout de l’innovation comme levier de développement économique au service de l’économie résidentielle.
En voilà un point de vue qui tombe bien et ce à deux titres :
1/ Alexandre Delaigue parle de diffusion de l’innovation plus que de soutient. Et c’est vrai que cela adresse tout particulièrement le problème du sous-dimensionnement des investissements TIC dans les PME françaises, celles-là même dont on voudrait qu’elles innovent et qu’elles exportent. Quand on sait que la croissance européenne est tirée par les TIC, je ne peux m’empêcher de penser que la faiblesse des investissements en ce domaine dans les entreprises française, et tout particulièrement dans les PME, nous prive en effet d’une fraction de croissance intérieure.
Paradoxalement, c’est ce que plein d’initiatives publiques faisaient il y a dix ans, avant que la bulle interne ne balaye tout ça, y compris l’idée que les réseaux pouvaient servir à quelque chose pour l’entreprise. Caricature ? sincèrement, le terrain me montre qu’on en sort à peine !
2/ À trop donner un sens distant dans ce à quoi servent les technologies et à trop méconnaître des usages qui sont pourtant de proximité, il s’est fixé dans les tablettes des prospectives de développement qu’elles entraient dans la case “extérieur”. En gros, on pense par défaut que les TIC servent à échanger avec des gens qui sont loin, donc ça sert à exporter, alors que l’on chatte avec ses collègues de bureau et que l’on voudrait commander ses courses à son commerçant de quartier. Du coup, alors que se développait une attention toujours plus soutenue aux vertus de l’économie résidentielle, c’est limites si les TIC n’en faisaient pas partie. Et de fait, positionner une réflexion “usages numériques” dans le développement local était tout sauf évident.
Or donc, diffuser l’innovation, ça peut aussi servir à l’économie résidentielle. Donc susciter l’appropriation des technologies par les entreprises, aussi. Voilà un message qui, je l’espère, ne tombera pas dans les oreilles de sourds.
Je suis un peu perplexe sur le “France, Irlande de l’Economie de la Connaissance” de Denis Ettighoffer, mais je suis prêt à faire le paris que nous avons devant nous une bonne tranche de croissance si l’on veut bien relier la diffusion de l’innovation et le développement de l’économie résidentielle chère à beaucoup d’élus, d’autant plus si cela peut dégager des relais de croissance aussi chez des PME qu’on voudrait plus dynamiques sur leurs marchés, y compris extérieurs.
Le paradoxe, c’est que l’exemple est sous notre nez et qu’on a du mal à le voir. Pourtant, comment ne pas considérer ce qui s’est passé dans le développement du haut-débit en France, avec une politique très consensuelle entre gouvernements successifs autour d’un régulateur qui a joué son rôle et le très fort développement des usages numériques qui place, sur ce point, la France en bonne position en Europe. Alors certes, certains de ces usages-là dérangent le pouvoir, mais ce n’est pas parce qu’ils sont déplacés, c’est parce que les secteurs économiques concernés n’ont pas évolués au même rythme.
Il apparaîtrait que 25% des achats en ligne des français se font sur des sites marchands étrangers, ne faut-il pas sérieusement se soucier que l’économie intérieure française suive ce que font les consommateurs français, en tous les cas la majorité qui s’est approprié le web.
La diffusion de l’innovation, ce n’est pas qu’une question de potentialité de croissance, c’est à on avis plus urgent que ça !

  • Tu peux aussi aller faire un tour ici pour abonder dans ton sens :
    http://www.duperrin.com/2008/02/10/innover-cest-la-sante/

  • Bien vu en ce qui concerne le manque d’intimité concrète de nos dirigeants avec le vie et l’économie numérique mais quel dommage ce raccourcit “France, Irlande de l’économie des connaissances” alors que ce que je voulais exprimer était l’importance de mieux utiliser la fiscalité pour encourager les investissements dans les différents compartiments des applications biens numériques! Tiens! Zero impôts pour dix ans pour toutes entreprises investissants dans les industries de la simulation en France… qu’en dites vous?
    DE

  • am

    J’admet le raccourcit un brin provocateur, mais vous avez compris, j’espère, que je m’essaye à un effet de levier pour dire que si nous ne nous secouons pas, nous en serons réduit à être hôte et pas initiateur.
    De fait, vous avez bien raison d’appuyer sur le sujet fiscal, car il pose la question de savoir où va l’argent public destiné à l’innovation et au développement économique EN France. Je fais parti de ceux que la mise en place de l’AII a dépité et qui observent avec perplexité ce que l’on nous propose en terme de soutien à l’innovation, à la recherche, bref au renouvellement de l’économie française (et européenne). Accessoirement, après une campagne présidentielle où l’on a enfin parlé de Small Business Act, mais si peu de numérique, on ne voit pas le second et n’entend plus parler du premier.
    Bref, je vous ai un peu instrumentalisé, mais je vous suit volontiers quand il s’agit de se poser la question de la stratégie. L’économie numérique, elle, n’attend pas.