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May 14, 2007

Digg, où quand les utilisateurs prennent vraiment le pouvoir

Posted by amo@emakina.fr

Au début de ce mois, j’avais blogué sur les joies et peines de Digg, en apprentissage douloureux du management des communautés web 2. Focalisé que j’étais sur ce croustillant rapport de force, j’avoue n’avoir pas prêté vraiment attention à l’aspect sociétal de l’affaire 09F9. Mais heureusement, il y a Francis Pisani pour éclairer combien cette rébellion marque une pierre blanche dans le domaine des régulations de contenu.


Il n’y a pas si longtemps que ça, l’injonction de l’AACS de faire retirer le contenu litigieux aurait eu du sens. Oui mais voilà, à l’ère du web 2,TOUT LE MONDE peut publier de l’information et rapidement “tout le monde”, ça représente quelque chose (entre 1 et 2 millions de contre-publications du code qui n’aurait pas du être publié !) ! Comme l’a lui-même souligné Kevin Rose, il était vain pour Digg d’endiguer la rébellion et même s’il lui était venu l’idée de débrancher Digg, le fait est que cela débordait très largement hors des limites du service.
Les utilisateurs ont pris le pouvoir et on se demande ce qui peut se passer maintenant. Après tout, plus d’un million de dépositaires de sites ont délibérément décidés de publier une information illégale et je suppose qu’ils attendent de pied ferme toutes tentatives de l’AACS de vouloir s’en prendre juridiquement à certains d’entre-eux, ou à Digg, au risque d’une dégradation annoncée de son image de marque et de celle de ses entreprises adhérentes.
Les choses pourraient rebondir sur un terrain politique, mais est-il bien malin de s’en prendre à des internautes qui représentent maintenant une majorité de la population de nos pays développés ? qui plus est quand leur activisme est intégré à l’arsenal de campagne comme on l’a vu très récemment par ici ?
Ça ne veut évidemment pas dire qu’il n’y aura pas réaction et crispation, mais à terme, comme on l’a bien vu avec la mise en application pathétique de la DADVSI chez nous et le sujet des DRM en général, le constat que la réponse est dans l’innovation et le changement des modèles (socio-)économiques s’impose. Il en sera de même de la politique d’associations comme l’AACS, qui vont devoir inventer autre chose comme moyen d’action que l’injonction juridique, si ce n’est d’envisager un autre business.
Il s’est effectivement passé quelque chose d’important chez Digg, qui signifie que les utilisateurs sont tout sauf une masse désorganisé et molle et que de gros changement s’annoncent pour les institutions, entreprises et organisations dans leur manière de se situer face à cela.

  • Effectivement, cette démonstration de force de la part de millions d’internautes doit faire réagir l’AACS et nos politiques. Il faut arrêter de prendre l’internaute pour un “pigeon”.
    Aujourd’hui, via les réseaux sociaux, l’internaute n’est plus “seul” et il vie en pseudo-communauté. Une action directe envers lui peut entrainer une rébellion.
    Cependant, je reste un peu en retrait par rapport au fait qu’il faudrait contrôler un peu plus le contenu et valoriser les personnes faisant “de la bonne diffusion”. Il ne faut pas tomber dans l’anarchie et nous savons qu’il y aura toujours des irréductibles “gaulois” pour diffuser des keys.

  • On en revient encore à la force déjà évoquée du 5ème pouvoir représentée par la communauté des blogs et qui bouscule tout, y compris une forme certaine de censure.

  • Mais non, 2 millions de pages web sur un sujet dont tout le monde se fout, publiées frénétiquement par 10 fois moins d’agités, ne représentent en rien un mouvement social, que lis-je une rébellion des internautes. Les internautes se comptent en miliards. On est encore confrontés là à ces nouveux nerds, dont l’addiction principale est la publication sur tout et n’importe quoi.
    Mais c’est pas avec ça que vous ferez des révolutions.
    Ces petits sujets se répètent en continu… Je me demande toujours d’ailleurs s’il ne sont pas orchestrés par des agents d’ambiance du web, des officines de marketing social et communautaire, payés par un industriel ou un autre.
    Le sujet n’est d’ailleurs pas d’instituer des chartes que les déo du grand ordre respecteront dans la forme mais baffoueront sur le fond.
    L’autre jour, je parlais avec un des pionniers français du 2.0, mais qui refusent catégoriquement l’étiquette. Il me disait que la seule protection “morale” sur des services web, ce n’est pas les chartes mais le nombre d’usagers qui condamnent les positions outrancières ou téléguidées par des officines commerciales de propagande et que seuls “les vrais” sujets émergent.
    Mon client est à 4M de visites/jour et des productions de contenu que je n’ai même pas le droit de révéler tant c énorme (disons en M/semaines))… seulement pour la France et la Belgique… alors 2M de pages dans le monde, c’est de la bouillie pour les chats.
    Je crois d’ailleurs que réduire l’internaute à une définition sociale, ou pire politique, est une ineptie spectaculaire (on peut faire la même chose pour les automobilistes ou les gens qui téléphonent en mangeant…).
    L’internaute, d’abord il s’informe, ensuite il achète, il se divertit aussi et très loin après, il est sur des réseaux sociaux et il blogue. Mais dans tous les cas, il utilise un canal qu’il espère le plus performant possible. Les individus sont des individus, même s’ils utilisent le web pour parler de la qualité des frites à la cantine.
    Moins de 1/10000 s’intéressent donc au sujet de Digg et le code bidule, cela fait combien par jour ? Ben rien alors qu’on est plus de 1 miliards à avoir surfé. Il faut être plus que ça pour se rebeller.
    Je suis pourtant un convaincu total de la force de notre canal préféré et de sa liberté d’accès, mais il faut revenir à des mots justes (ça me rappelle qqn 😉 si l’on veut le rendre plus fort encore.
    Laissez donc les révolutions au révolutionnaires et le consumérisme aux consommateurs (et aux créateurs de buzz marketing, qui franchement ne font pas un métier bien clean, même quand ils respectent les chartes).