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September 5, 2006

Enseignement 2.0, 1/ où sont les nouveaux usages ?

Posted by amo@emakina.fr

C’est la rentrée dans les écoles et dans les facs, territoire dont j’ai plusieurs fois souligné combien il est intéressant à observer au regard de la Société de l’Information, ne serait-ce que pour être en première ligne des nouvelles générations interactives. Il y a vraiment beaucoup de choses à dire et cela donnera donc lieu de ma part à deux coups de pelle billets.
Avant un point de vue plus prospectif et plus “stratégique”, le très intéressant billet de Richard MacManus “e-learning 2.0” sur l’éducation et le web 2.0 paru cet été m’est apparu, malgré une référence au e-learning qui me semble déplacée dans le titre, très opportun pour dresser un peu l’état de l’art en matière d’usages numériques avancés dans l’enseignement.


Le web 2.0 c’est un peu la promesse d’une concrétisation des TIC appliquées à l’éducation que le web 1.0 n’a pas réalisé. La cause principale d’échec est bien connue, J’en ai déjà parlé. Quand la stratégie est guidée en se centrant sur l’institution et non l’usager, ce dernier n’y trouve pas son intérêt et qui plus est y trouve son identité par trop minorée.
Aussi, comme vous l’imaginez, le propos de “e-learning 2.0” est de redonner le pouvoir aux utilisateurs et en premier lieu aux apprenants (élèves et étudiants), de créer de la dynamique communautaire entre enseignants et ces derniers, passant outre des logiques hiérarchiques, ce qui amène à un changement de posture éducative favorisant un couple expertise/tutorat. Rien de nouveau, c’était la promesse initiale des années 1990, mais l’intelligence collective ne se décrète pas et se trouve annihilée par des approches trop hiérarchiques et trop procédurales (voir mon billet sur les conditions de l’intelligence collective).
Malgré cela, un paquet de nouveaux usages sont venus s’inscrire dans le paysage de l’enseignement et il est bon de les souligner.
D’abord et en premier lieu les blogs. Le réseau est plein de solutions simples et souvent gratuite pour en créer et développer des pratiques.
Je ne reviendrai pas sur l’usage massif qu’en font les jeunes générations (voir les succès de SkyBlog ou MySpace). Le blog, c’est un instrument de la construction de soi et on se demande donc ce qu’attend le système éducatif pour l’intégrer vraiment plutôt que de raisonner en prévention des abus.
Il y a en tous les cas moins d’enseignants à tirer profit de ce qu’il faut qualifier de compétence numérique existante au sein d’une grande partie de la jeunesse. Au titre des exemples français, je rappelle celui-ci qui plus est dans l’enseignement supérieur.
En fin d’article, Richard Mac Manus évoque l’arrivée des réseaux sociaux dans le paysage éducatif. Vu l’impact qu’ils ont sur la professionnalisation et la recherche d’emploi et à l’heure où ce sujet est ô combien important pour l’enseignement en France, c’est un passage obligé et je m’étonne que le monde éducatif passe à côté.
Viennent ensuite les expériences vidéo. À Limoges nous connaissons bien CanalSupEmploi que nous groupe Reflect a contribué à créer et faire vivre durant des années, où encore Limousin.tv, projet éducatif lié au CRDP Limousin. Bon, à l’heure de DailyMotion et autres YouTube, la vidéo est sortie de son isolement et est à la portée de tout un chacun. Et je ne parle même pas de JumpCut, véritable studio de montage on-line qui ne requiert même pas d’avoir de logiciel dédié sur son poste. On devrait donc assister à une explosion de vidéos pédagogiques, mais cela reste à démontrer.
En corollaire, le vrai truc à la mode, c’est le PodCasting, en tous cas dans les mots, car il faut bien constater que ça commence à peine. Alors oui, on regarde avec fascination Stanford et iTunesU, en attendant que des établissements français suivent le même chemin.
InternetActu a récemment publié un excellent dossier sur le changement induit par FlickR dans le monde de la photo, cet écosystème de l’image offre aussi des opportunités et des usages sans fin pour la recherche et l’enseignement. L’exemple présenté par Mac Manus est plus qu’intéressant et j’invite les enseignants lecteurs de cet article à tenter l’expérience. Dans le même registre, je signale un intéressant article sur l’impact de GoogleEarth et de la Recherche, en attendant un billet d’enseignants géographes.
À tout ceci, je rajouterai la vague de services 2.0 bureautiques, ceux qui offrent le moyen de faire du traitement de texte, du tableur ou des présentations (sans parler du reste), en ligne et qui plus est en partage. L’utilisation d’un Writely au service d’un travail d’écriture collective me semble très intéressante.
À ce stade, ce ne sont donc ni les instruments, ni l’inventivité des enseignants qui manque, mais on ne peut que constater que tout cela reste expérimental. Le réseau est entré dans sa nouvelle génération de services et il s’offre au monde éducatif au même moment où les institutions accouchent tant bien que mal de systèmes d’informations initiés il y a maintenant plus de 3 ans, à une autre époque de l’Internet. C’est autour de cette contradiction apparente que je vous donne rendez-vous pour la suite de ces réflexions éducatives.