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June 20, 2006

Perspectives d'un internet 3

Posted by jlg@emakina.fr


L’exercice bien que dangereux me tente, je vais donc essayer de brosser un portrait de ce que pourrait être l’internet de demain… Quelques grandes lignes actuellement visibles devraient continuer leur cheminement et nous amener à plus d’usabilité, moins d’outils, plus de portabilité.


Tout d’abord l’internet d’aujourd’hui dit le “2”, c’est quoi ou c’était quoi ? Simplement une sorte de généralisation de d’outils jusqu’alors réservés à des initiés. Aujourd’hui le niveau technologique d’internet, les débits proposés et les coûts de l’informatique permettent à “presque” tout le monde d’accéder facilement à internet et d’y “vivre” une vie numérique. C’est aussi pour cela que nous, les professionnels de ce secteur, nous avons l’habitude de dire que nous sommes dans l’ère des usages, avant nous étions dans l’ère des outils.. Internet suit un cycle de vie tout à fait standard, si ce n’est en terme de rapidité, avec un développement technique, puis une phase d’appropriation par le public… la suite ? une sorte de maturité. L’internet 2 serait donc un signal de maturité, une sorte de fin d’adolescence ?
Le défaut principal d’internet et de la société de l’information actuellement, c’est avant tout la disparité des applications et des services. En effet combien faut-il aujourd’hui d’outils pour être un “consomm-acteur” du web ? En ce qui me concerne et en dehors des usages professionnels, je possède environ une trentaine d’outils ou plutôt de fonctionnalités qui m’apportent chacune un service particulier. Chaque fonctionnalité peut être désservie par plusieurs outils (cela permet de croiser les informations afin d’atteindre un niveau d’information qualitatif ). Aujourd’hui je considère être “abonné” ou utilisateur de plus d’une centaine d’outils sur le net, que ce soit des outils en ligne ou installés sur mon poste. Attention je parle ici des outils de la société de l’information, qui me permettent de faire une veille informationnelle, de ma sphère de connaissance, de mon réseau social etc, je ne parle pas des outils de bureautiques ou autres logiciels de dessins ou de gestion de sites etc.
Alors si demain doit permettre une plus grande usabilité du web ce sera tout d’abord en permettant une convergence des outils et des données. Derrière cette double entrée se cache le nerf de la guerre actuelle que se livrent les dynosaures du web que sont Microsoft, Yahoo et Google. Chacun avec ses outils et ses acquisitions est en train de mettre en place des plate-formes qui permettront à tout internaute de retrouver ses données et ses outils en un seul et même lieu. C’est la convergeance des outils. Mais est-ce là le vrai avenir d’internet ? Le vrai enjeu n’est pas de rassembler des services et fonctionnalités en un seul et même lieu mais de rendre les données intéropérables.
Quel que soit l’outil ou le service que j’utilise j’ai des données que je dois pouvoir exploiter de la même façon. En matière d’informatique c’est très facile à comprendre, nombre de gens ont aujourd’hui vécus des problèmes de compatibilité entre deux versions d’un même logiciel et à un plus fort niveau entre deux logiciels de traitement de texte par exemple. Sur le net il en va de même, les utilisateurs ont aujourd’hui des données disséminées un peu partout sans être libre de les utiliser comme ils le souhaitent. Nous sommes encore dans un dictate technocratique. Le vrai tournant de cet internet du futur sera bien la réappropriation de leurs données par les internautes. Pour schématiser on peut facilement imaginer une base de données intégrant toutes ces données et des schémas de sortie qui permettent de les utiliser sur tous les outils appropriés.
Donc demain nous aurons peut-être une base de données contenant toutes nos informations sur laquelle nous pourrons venir connecter un panel d’outils nous permettant de remplir les fonctions que nous attendons. ce modèle est tout à fait transposable pour les entreprises, c’est simplement une question de volume. Une base comprenant les données sensibles, mais aussi le site internet, le blog, le réseau social, etc.
Le modèle social d’internet qui en est aujourd’hui aux prémices évoluera considérablement une fois passée la période fashion… les blog vont-ils se pérenniser ou évoluer vers des outils plus complets plus personnels ?
L’effet blog, qui appartient aujourd’hui au passé, est indéniable et fut, sinon le point de départ du web 2.0, son étendard. Ce phénomène va s’étendre et se pérenniser sans pour autant rester en l’état. Le blog est limité, on le voit bien, aujourd’hui wordpress (l’outil de blog le plus utilisé au monde) compte plus de 1200 plugins. Soit plus de 1200 fonctionnalités ajoutées au système de base. C’est dire combien les usages contreignent les outils !
Tim Berners-Lee, l’un des inventeurs du Wolrd Wide Web voit lui un web sémantique dans les années à venir : “I think maybe when you’ve got an overlay of scalable vector graphics – everything rippling and folding and looking misty – on Web 2.0 and access to a semantic Web integrated across a huge space of data, you’ll have access to an unbelievable data resource.”
Les documents traités par le Web sémantique contiennent non pas des textes en langage naturel (français, espagnol, chinois, etc.) mais des informations formalisées pour être traitées automatiquement. Ces documents sont générés, traités, échangés par des logiciels. Ces logiciels permettent, souvent sans connaissance informatique :
– de générer des données sémantiques à partir de la saisie d’information par les utilisateurs
– d’agréger des données sémantiques afin d’être publiées ou traitées
– de publier des données sémantiques avec une mise en forme personnalisée ou spécialisée
– d’échanger automatiquement des données en fonction de leurs relations sémantiques
– de générer des données sémantiques automatiquement, sans saisie humaine, à partir de règles d’inférences
Ces nouveaux protocoles de communication et langages standards permettent le développement de nouveaux usages qui rendent concret la notion d’Intelligence collective. C’est notamment le cas du social bookmarking, du social search etc.
Nous sommes donc bien d’accord, car point de web sémantique sans convergence et interopérabilité des formats de données.
Ce web 3.0 qui est en marche te qui nous tend la main est en fait une nouvelle étape dans la technologie du web qui lui permet de devenir à la fois transparent et universel. Il donnera définitivement la main aux utilisateurs et devrait annoncer l’émergence de nouveaux horizons. En effet quand les utilisateurs prennent la main sur un outil, les techniciens se creusent déjà la tête pour en créer de nouveaux qui vont plus loin… c’est ainsi qu’évolue un écosystème… jusqu’à sa disparition ou sa mutation…

  • Voilà un débat caractéristique du moment 🙂
    Tu exposes bien les enjeux actuellement émergents qui sont ceux de l’identité numérique à la convergence des usages multiples et variés de consommation d’information, de publication et de réseautage qui sont offerts à nous.
    À cela s’ajoute un GROS enjeu économique autour de nouveaux modèles rémunérateurs qui vont concrétiser la fameuse “économie de la connaissance” et aux enjeux politiques de gouvernance du réseau. Car s’il y a bien un futur proche déjà engagé à mon goût, c’est celui de la confrontation avecle système établi. Pas sûr que notre écosystème ne soit pas secoué de quelques convulsions…
    Pour le reste, ton exposé sous-entend une dichotomie entre usagers et techniciens qui n’existe déjà plus avec la vague en cours. Les outils actuels viennent du terrain et y retournent comme je l’ai déjà expliqué http://www.groupereflect.net/blog/archives/2006/04/le_web_20_face.html . La technologie n’appartient déjà plus aux labos de recherche (qui ne s’y sont jamais vraiment investis) et autres pôles r&d des grands groupes (qui industrialisent). l’innovation vient d’en bas.
    Cela n’empêche pas les cycles naturels d’innovations, où émergent des concepts, des technos et des outils, qui sont sélectionnés par l’usage, puis industrialisés. Le web 2.0 en fait partie, mais il entre tout juste dans sa phase industrielle qui va faire du ménage, n’en doute pas un instant.
    Quand au web 3.0, certains ont déjà tenté de lancer le concept, sans succès. Pour ma part, je pense que la convergence net + médias + mobile va faire exploser les limites du réseau que nous connaissons. C’est la notion même de web qui va, à mon avis, être dépassée par quelque chose de plus global et englobant du “moi” et du “nous” lors de la prochaine vague. À ce titre, la convergence technologique et les standards sont assurément le grand enjeu qui s’annonce.

  • oui dans la vision de Google l’interropérabilité avec les objets de plus en plus communicants occupe une place importante et on peut y trouver des revenus tout de suite plus simples à concevoir

  • Un beau complément pour ce billet à voir sur le blog de Loïc : http://www.loiclemeur.com/france/2006/06/254_cory_doctor.html, l’intervention de Corry Doctorow auteur de science fiction, mais plus connu pour son blog boingboing, http://www.boingboing.net/